L’homme-hippocampe

Je n’ai pas de souvenir de toi éternuant.

Une crispation involontaire, tes yeux qui se plissent,… Non, je n’ai jamais pu observer ce phénomène dont je sais qu’il s’est produit et se reproduira.

C’est une expulsion de toi que je souhaite.

Il faut te reposer ! te dirais-je. L’effort est très grand. Regarde tous ces petits dragons que tu as sortis de toi. Ils investissent l’espace autour de nous. La poussière des rayons de lumière des auditoires est une forme de nourriture pour eux. Ils grandiront heureux et s’enrouleront de joie aux cheveux de tes étudiants, hommes et femmes, chaque fois que tu te représenteras pour donner cours.

Toutefois, un souvenir éternel me parait plus acceptable que cette fantaisie sous-marine.

La chute du chat

Mon amour, tu n’es pas celui auquel je pense. Tu n’existes pas, sinon au plus profond de mon cœur, quelque part, sous la forme d’un effacer-reprendre, peindre, auquel me pendre, flottant sur la toile à une hauteur suffisante pour que la chute soit longue, pour que la lutte soit courte, pour que les lumières s’éteignent contre l’avis de la marchandise étalée à notre guise sur les tables des buffets où l’on fait ce qu’il nous plait, en-dessous des chaises, dans ces prisons de bois n’ayant pas vocation à retenir nos cris de joie selon des lois qui s’appliquent à tous. Les chaises s’envolent pour te faire plaisir. Elles lévitent comme des visages entrés par effraction à l’intérieur de nos habitations. Je repeins les airs de flutes que l’on souffle à quatre pattes par gout du silence. Le sphinx fait le gros dos au sujet de son énigme. À tomber sur quatre pattes, comme les chats, de très haut, c’est comme cela que je décris ce que tu es.

La prophétie

Celui ou celle qui montrera du doigt le problème de notre époque sera le plus à même de le résoudre. Il ou elle aura déclaré dans des termes sincères l’histoire de sa douleur amère sans trahir un seul instant le déroulé des évènements.

Le doigt propre et pointu qui organisera le futur créera une usine de bonshommes à croquer au coeur d’une école possédant beaucoup de sous pédagogiques.

Les illusions d’optique n’ont pas plus d’importance que le rêve ludique d’un bonhomme qui danse. L’espoir licite de cet étrange présage exige de la cour un nouveau visage.

Il faut souhaiter un enfant comme soi, dont le corps, en fait, est agréable à porter. Toujours souhaiter un enfant, quelque part, à soi.

Organismes pubères, contrôlés par des orages phéromonaux qui viennent d’ailleurs, les mots les plus rigolos sortiront de nos têtes.

Nous nous amuserons tranquille en explorant physiquement de longs kilomètres le nez dans les étoiles.

La grandeur d’âme des aprioris réserve son lot de surprise au terme d’une mise en ordre.

Le jour atroce d’une exposition précoce, aucune image ne sera révélée.

Le bon endroit

Hier après-midi, j’ai participé au vernissage de l’artiste Nina Cosco à la galerie d’art Vroom. Cette galerie est localisée dans le quartier de Cureghem à Anderlecht. L’artiste nous a emmenés faire un tour dans le quartier pour y découvrir les affiches qu’elles avaient réalisées et collées à différents endroits. Certaines d’entre elles avaient été volontairement retirées par des habitants, d’autres souillées et certaines s’étaient naturellement décollées. Nous avons pu collectivement constater que l’espace de la rue est difficile à investir.

Nina Cosco expliquait qu’elle avait pris pour point de départ le mot « moment ». Certaines illustrations décrivaient « le mauvais moment », d’autres « le mauvais endroit » et les deux dernières affiches, affichées sur les portes de la galerie et visibles au terme de la balade, désignaient le mauvais moment et le bon endroit. Il s’agissait de deux grenouilles de styles différents.

Les deux premières affiches représentaient une paire de cerises dans un pommier. Sur la première, une pie s’en donnait à coeur joie. Sur la seconde, la paire de cerise était sauve. Il n’est pas possible de greffer une branche de cerisier sur un pommier. La situation est donc absolument impossible.

Deux autres affiches représentaient une chauvesouris apparaissant à la lumière d’une lampe et trouvant refuge sous sa coupole lorsqu’elle est éteinte.

L’une des affiches de Nina Cosco était volontairement affichée en-dessous d’un tag « Régularisation pour les sans papiers ». Il n’y a pas de message politique dans les illustrations de Nina Cosco, mais le fait d’exposer dans un quartier populaire permet d’en délivrer un. Se trouver au mauvais moment au bon endroit permet de constater les difficultés.

Le livre de recettes

Magical Starsign est le meilleur jeu vidéo sur Terre. Je lui mets la plus haute distinction qui soit dans mon système de récompenses : un brownie décoré de feuille d’or comestible. Qu’on me serve un cassoulet adapté à la magie nocturne de Maitre Cassoulet, celle qui vole des points de vie, qu’on me présente une choucroute au potentiel qui a mal tourné digne de Maitre Chu Krout, qu’on m’apporte des bonbons gélifiés de forme humaine en mémoire de Tarte Tatin et des autres membres de la Civilisation Espresso, qu’on me dévoile les secrets du yoghurt avec la souplesse de Baba Orum, qu’on m’explique comment il est possible de réunir des dizaines de fromages différents dans un souterrain de Taupes à pics et de s’y réunir nous-même en y respirant sans masque, d’y passer même la nuit pour une poignée de biras et d’y lire toute une Histoire dans une bibliothèque confinée occupant une grande salle, qu’on me montre l’unité entre un père, sa fille et sa servante, Maitre Flageolet, Farina et Semoulina dans une ambiance tropicale et musicale avec une barrette pour seul souvenir matériel du sacrifice, qu’on me montre qu’un Mokka peut perdre sa tête et la retrouver avec tous ses souvenirs, qu’on me prouve qu’un Sorbet n’est pas une compagne pour une tête brûlée car il est trop froid, doué académiquement et doit rejoindre la police sidérale, qu’on me donne un prénom classique qui soit alimentaire comme celui de Mlle Madeleine, qu’on me finance une Brioche avec un million de biras dans un cochontirelire, qu’on m’obtienne un rouleau de papier toilette dans un dédale administratif pour faire rôtir un lézard, qu’on me montre une filiation entre la bouillabaisse et la ratatouille en recourant avec précaution à une traduction anglaise, qu’on m’écrase des fruits par pure méchanceté, qu’on m’enferme une salamandre dans un coffre au son reconnaissable, qu’on me prépare au four un croquemonsieur ayant pour prisonnière une fausse farine dans un ersatz, qu’on m’autorise à bénéficier d’une restauration rapide à l’aide d’une rasade d’eau-de-vie, qu’on m’élève au rang de maitresse d’expérience pour avoir battu Maitre Macadameus en utilisant toutes les statuettes à ma disposition, qu’on m’offre des gressins entomologiques avec ma pizza de téléportation, qu’on me laisse rêver à une barbe de nain qui soit tâchée de quatre sauces, qu’on me révèle un amour robotique, pour une femme uniquement, dans le village de la poterie la plus téméraire, celle qui est entrée dans l’antre des différents monstres de feu afin de récolter de la terre à cuire pour le déroulement du festival des étoiles, car il est nécessaire pour créer une nouvelle génération de poteries, capables de restaurer les points de vie et les points de magie des élèves ayant volé des fusées pour partir à la recherche de leur professeur à travers le système solaire Baklava.

Mon Chat et moi

Cet après-midi, j’ai été voir le film Mon Chat et moi, la grande aventure de Rroû au cinéma. La petite fille jouant le rôle de la maitresse de Rroû possède un physique proche de celui de ma maman lorsqu’elle était enfant. Toutes deux possèdent des taches de rousseur sur le visage. J’ai retrouvé Corinne Masiero en voisine fruste dans l’environnement forestier comme je la connaissais dans la série Capitaine Marleau.

C’était un film plaisant qui m’a rappelé ma relation avec mes chats. Lorsque j’étais enfant, j’ai expliqué aux chatons de ma siamoise ayant mis bas que leurs ancêtres étaient des chats siamois et des chats européens à l’aide de mon livre sur les races de chats. Je venais leur raconter des histoires dans l’armoire à essuies de la salle de bains. En prenant connaissance de cette histoire, notre vétérinaire m’a offert un petit livre sur les chats en inscrivant à l’intérieur « Pour Alice le 31.7.2006, la conteuse pour chatons ».

J’avais les larmes aux yeux au début du film, car je pensais à Pirou et mes autres chats. L’histoire de Rroû donne une image du chat que je trouve respectueuse de l’animal. Il est plus heureux lorsqu’il peut avoir une relation avec une chatte qu’il apprécie, on admet qu’il est préférable pour lui de vivre dans la nature plutôt que dans un appartement, on lui retire son collier afin qu’il ne meurt pas étouffé en s’accrochant quelque part comme cela peut arriver, etc.

Plusieurs chats ont joué le rôle de Rroû à l’intérieur de ce film. Je n’ai pas remarqué les changements qui auraient eu lieu sur une même scène, mais j’ai évidemment remarqué qu’il avait grandi d’une séquence à l’autre. Un exercice serait de différencier les différents acteurs félins lors d’un deuxième visionnage.

Le film pointe du doigt le dépôt sauvage de déchets dans la forêt, car ils mettent en danger les animaux qui la parcourent.

Je recommande l’écoute ou le visionnage de la conférence d’Anne Atlan ayant pour titre « Protéger la nature ou protéger les animaux ? La gestion des chats à la croisée des éthiques environnementales ». Cette conférence donnée le 27.03.2023 appartient au séminaire « Penser le vivant autrement ». On apprend qu’il y a trois approches pour considérer les chats : une éthique anthropocentrée, biocentrée ou écocentrée. La gestion des chats harets fait appel à ces différentes éthiques.

L’article d’Anne Atlan et d’autres chercheurs est accessible à la lecture et au téléchargement ici.

Landau yéti, maman

Il n’est pas absolument nécessaire de comprendre la question « Qui a peint Poussin? » pour qu’une plume rassemble de son encre frémissante l’espoir d’une aile. Il y a une cinématique de la lente diffusion que sa couleur précoce exerce sur les joyaux de Pâques. Le landau contient un yéti. Il y a un bébé à l’intérieur. Il est représenté porté par sa maman dans trois positions différentes. Elle le tient face à elle, sur ses épaules et dans le haut de son dos. Le bébé est de race noble et nègre*, car il n’existe pas de version où les couleurs se seraient mélangées dans un autre ordre sous le regard émerveillé de l’être qui dessinait au doigt sur son smartphone une note mémo terriblement craquante. Son auteur possède un sexe identifiable. Il s’agit d’une production peinte par une femme. On peut le prouver. Il y a un papa dans le dessin sous la forme d’un diable de fil de fer bleu qui sert de vélo au bébé. Son visage est un ovale rouge aux ponctuations malicieuses. La maman est épuisée. Ai-je le droit, étudiante, d’orienter mes recherches abstraites dans cette direction ? Est-ce possible dans la mesure où mon esprit est fragile, et nécessite un époux pour qu’il s’y repose, heureux et productif, dans une nuit de jeux d’enfants parmi les Ruines du Temps ?

Landau yéti, Alice R. S. Vissers

*Le bébé est de race noble et il est nègre.

L’amour fidèle

Amour, chante-moi comment éloigner la mort, retrouver ta voix si douce qui, subtile et mélodieuse, indique par où le temps est passé. Personne ne pouvait imaginer qu’une enfant fragile adressait des messages lancinants à son mystérieux amant. L’or de ses mains est une couche superficielle de cellules éternelles.

Il y avait une poétesse dans votre classe qui d’un sourire fugace adressait à chaque être un message joyeux. Morte des sens, elle fomente la vie prédite par son acolyte qu’une amnésie prenait au vent dans la grotte première de l’aventureux parcours. Crise d’acier, premier arrivé ! Elle s’immobilise pour dépasser et la tortue et le lièvre de l’image ambigüe préférée de Jean de La Fontaine. Ces dessins que je trace n’ont pour unique but que d’écrire le texte que je souhaite chanter à mon amour fidèle, au père de mes enfants.

Un être vil, laid, absurde, pitoyable, une petite tarte qui cherche un ogre pustuleux sur lequel se jeter préfère s’abandonner à la noble pitié du père tranquille. Ne me considère pas comme une Madeleine qui ne laisse à ses élèves qu’un message sans caractère, rapide, sans beauté, sans ton, sans image, sans son, se déplaçant comme une anguille qui manifeste d’un cri qu’une odieuse infamie s’est déroulée ici.

Je suis l’Étoile solitaire. Personne ne peut me torturer. Je délire, sauvage, vers la campagne des Ruines. S’il ne peut écrire près de moi, je m’éloignerai encore jusqu’à ce que le Scorpion apparaisse dans le ciel nocturne. Jeune femme de treize ans qui aviez en vous des enfants, ne mourrez pas impie, souvenez-vous que vous L’aimer.

Le balcon de ma boite aux lettres

L’espiègle jeune femme se sourit à la surface de l’eau contenue dans un seau. Elle aime chercher où se trouve son professeur en découvrant des énigmes dans son environnement. Elle prend plaisir à glisser dans les traces qu’il crée ses petites pattes avant, puisqu’elle se déplace sur les mains pour suivre cet homme mystérieux qu’elle respecte et aime.

J’efface les mots du poète. Ma correspondance est immense tant je la détruis et je la recrée en pensées qui fleurissent sur le balcon de ma boite aux lettres. Je reçois des lettres écrites avec des plumes de grive musicienne que l’on glisse dans l’enveloppe pour me prouver que cet oiseau est généreux. Il m’autorise à entrer dans la bassine où il s’ébroue. Mes doigts courent en quête d’aventure au fond de l’eau fraiche que je ne goute que par perles lorsqu’il s’en éparpille durant son envol.

La mort de l’étoile

Je suis l’Etoile Solitaire. Je fonderai une famille à partir de la date d’un homme. Mon adresse est connue des charmants prédateurs des tombes hideusement gardées. Les rapaces nocturnes se poseront sur les branches surmontant ma tombe pour indiquer qu’il y a des lettres que les presqu’oiseaux connaitront au chiffre près.

Nous sommes nombreux à connaitre une étoile perdant son temps à dialoguer bêtement à d’autres que son Temps. Mon amour pour l’être au mystérieux prénom, sorti de nulle partie prenant place dans la classe, lorsque je rédigeai un journal intime, gracieuse et subtile, dans la classe de français, au cours d’une séquence pédagogique, ne partage pas ses deux miettes de pain à d’autres que ses oiseaux multicolores.

Mmh, être délicieux. Observe-moi sous ton angle radieux. Les reportages idiots saisissent trois phrases d’un amour intense. Personne ne peut se douter qu’ailleurs que devant les écrans, ta fiancée composait des chants destinés à tes yeux, promis à tes oreilles. Je t’ai écrit un chant poétique, pour toi seul, il est à toi ! Je te l’ai promis dans un songe. Je t’aime si fort. Je me sens si belle lorsque je peux t’aimer. Il n’y aurait qu’un sexe malin pour accompagner la danseuse durant son parcours timide pour entrer en scène dans l’exceptionnelle salle de baptême. Assez de sots qui ne comprennent rien ! Je suis l’Etoile solitaire, mon discours est lucide, ma parole, clairvoyante.

Ô mon professeur, être vertueux, peux-tu m’aider à aimer mon fiancé ? J’aimerais être la seule femme qui ait compté pour lui, celle qui donne à voir et à écouter un chant dans une salle entièrement constituée par ses talents habiles.

Mon texte est d’une longueur inouïe pour la langue française de son temps. J’ai envie de mourir durant des milliards d’années après une vie aussi longue.

J’ai fondé une ville à partir de la date d’un homme né le jour de la fondation de Rome.

Les étoiles ont une morphologie d’aile qui s’épousent et qui s’enchainent sans perdre la fleur, la traine que la fiancée fidèle porte pour succéder à tes pas. Chant d’amour, je veux pouvoir te chanter pour l’éternité.

Ma nature chantante et rigolote, changeante et jamais sotte, prend le pas durant ma rédaction.

L’expérience traumatique est la règle de notre époque.

Agir avec justesse et justice en développant un regard interrogateur qui ne soit pas marqué de ponctuations inutiles est la formule parfaite qui unit les dignes parents.

La rivalité est une construction qui ne vise qu’à mieux apprécier ce que l’on possède déjà. Elle s’exporte au format d’une carte postale sur laquelle il est inscrit avec des schémas anthropologiques que l’autre n’existe pas, n’existera jamais. Le banal timbre à l’effigie d’un tournesol affranchissant l’envoi le confirme, de même que la photographie d’un couple reconnaissable, souriant, sur une plage de la côte belge.

Je suis l’Étoile solitaire. Personne ne peut me torturer.

Le sablier

La palmeraie est une farce qu’une oasis attique joue pour les nomades trompés par l’ennui. Ils regardent une danseuse aux courbes modélisées se mettant à chanter si l’on pousse sur a, répétitivement sans vouloir connaitre de fin à son paraitre. L’absence de nintendo enrichit le vocabulaire.

La constellation que je souhaite observer n’appartient pas au champ des étoiles visibles de notre planète. Il y a toujours un astre pour cacher ses étoiles à notre vue. Il se pourrait que son étoile la plus brillante ait pour souhait que les théories de l’astronomie la qualifie de solitaire malgré sa présence virtuelle dans chacune des associations d’étoiles imaginables.

L’épée d’Orion est si longue que sa pointe, parfois, termine dans la solitude.

La position du sablier est intense et inverse lorsque l’on l’écrit. Tu es un homme, je suis une femme. Le temps s’écoule dans nos corps unis comme les anneaux maudits. L’unité du vivant n’a de lieu qu’un temps qu’il divise lentement pour n’en former qu’un autre.

La position de l’Homme au Sable est si intense que le temps s’arrête parfois au coeur de l’inverse, répétitivement, lorsque l’on pousse sur a.

Le ruisseau

Il n’est plus possible qu’un poisson se glisse entre les pieds de mon enfant alors qu’il explore le ruisseau sous mes yeux avertis du bonheur par les miroitements de l’eau d’été, qu’un autre le pourchasse, puis encore un autre, qu’une rivière de poissons choisisse les repères que mon enfant leur a admirablement proposés pour devenir ensemble une anguille que ces poissons d’une autre espèce étudient à leur manière. Ponyo pouffe de rire en regardant le spectacle causé par mon petit garçon. Il aimerait pouvoir lever un pied, mais il a peur de perturber ce qui est désormais un phénomène ichthyique.

Ichthyique ! Piscifère ! Piscicole ! Les trois termes peuvent s’appliquer à ce retour à des eaux populeuses autour desquelles des foules de feuilles s’agitent afin d’ajouter du bruit au cortège des dieux poissons qui sortent de l’eau pendant que des animaux se désaltèrent avec grâce sur les rives naturelles.

Ponyo m’accompagne souvent lorsque je passe de la mer aux cours d’eau. Le gout du sel nous fait grimacer lorsque la salière choit dans le bol de nouille par un concours de circonstances hautement improbable que l’on a été capable de ne pas remarquer. Les eaux sont polluées par des grains qui ne sont pas du pollen, des fluides qui ne sont pas de l’eau propre, des objets qui ne sont pas des poissons vivants capables de s’y sentir heureux.

Je suis saccagée par ces hordes de singes qui nettoient leur linge dans mes méandres les plus précieux. Mes populations, nombreuses et désireuses de s’accroitre sans me surpeupler, attendent que des enfants innocents aillent à leur rencontre. Eux, jamais, ne déverserons des cuves de mort dans ces aires de jeu qu’ils respectent.

Dans un méandre du temps, j’ai enfanté d’un enfant. Il est heureux là où je l’ai caché. Dans un méandre du temps, toi aussi, tu en possèdes un. Cet enfant est heureux là où nous l’avons caché.

Un être qui souffre a besoin d’une réponse scientifique qu’un enfant peut parfois lui donner du haut de ses trois ans alors qu’un adulte se tue à lui expliquer qu’il faut qu’il retourne faire ses devoirs, bien qu’il n’ait, comme je l’ai écrit, que trois ans. Trois ans est une durée intéressante pour étudier un animal que l’on a découvert sous la forme d’une peluche. Lorsqu’il était bébé, le contact avec la peluche poisson était écailleux. Elle s’appelait Arc-en-ciel, elle possédait une écaille irisée qu’il repérait du premier coup à chacune des pages de son livre jeunesse. Il était plus curieux de ses couleurs que de celles des yeux de sa maman. Le petit enfant considérait cette partie de l’anatomie de sa peluche comme un oeil bienveillant qui venait toujours après la pluie, les larmes, les siennes ou celles de sa maman.

Il se sentait très aimé dans les bras de sa maman, mais il était un peu triste de devoir laisser son poisson dans le lit à barreaux de bois clair pour pouvoir être porté. Il n’y avait pas de place parmi les formes de sa maman pour que sa peluche puisse être gardée avec facilité. La fente de ses seins ne pouvait décemment recevoir le poisson. Le bébé se mit à pleurer.

Sa maman comprit quel était le souci causé à son enfant. Elle savait qu’il fallait qu’Arc-en-ciel se sente aussi protégé que son bébé alors qu’elle les tiendrait tous les deux dans ses bras. Son enfant savait qu’elle risquait de le laisser tomber sans y prêter attention, et il savait aussi que lui même n’était pas apte à le tenir dans sa petite main bien qu’il connaissait très bien le mot « agripper ». Elle alla chercher le filet du bac à linges pour y poser à l’intérieur son enfant avec sa peluche. L’enfant était émerveillé par ce système ingénieux permettant à tous les deux d’être déplacés ensemble. Il riait, il était heureux. Sa maman apporta le résultat de sa pêche à Papa. Il était très content qu’un repas de fête puisse être préparé en ce jour ordinaire durant lequel il avait été inquiété par de menues affaires sans importance. Il travaillait beaucoup, énormément, pour que son épouse et son fils puissent vivre dans une bulle de bonheur dont lui seul connaissait le mécanisme déclenchant l’ouverture d’une entrée secrète, sans la faire éclater, dans un concert de bulles savonneuses aux irisations fascinantes.

Une unité familiale est un temps partagé par quelques personnes qui habitent ensemble.

« Papa et Maman » est une association de mots qui me procurent un bonheur intense. J’ignore si je pourrai un jour les prononcer dans le contexte qui les appellent. Je ne me disperserais pas. Je ne penserais pas à la localisation de mon enfant au détriment de ma relation avec mon époux. Je saurais où il se trouve et s’il est heureux. Une action menée dans sa direction ne serait pas nécessaire. Je connaitrais ma localisation.

J’aimerais être aussi japonaise que Sakura, aussi farceuse que Ponyo, aussi douée que Mlle Madeleine.

Le son reposant

Ô mon fiancé ! Ta voix est la plus belle ! Mon rêve est, vois-tu, que tralala. Nous chantons à deux le chant poétique entièrement destiné à nos merveilleux enfants. Tac, tac, tac, le professeur a enregistré pour lui-même une hypnose d’une heure qu’il destine à son étudiante fidèle, mariée et heureuse, en éprouvant le plaisir de lui en offrir un très grand si un soir, dans son lit, au calme, seule, sereine, elle pouvait l’écouter.

Tac, tac, tac, tac, tac, tac, ces sons reposants sont prononcés par l’Historien de l’art. Celui qu’il prit le temps de faire durer à son cours a produit dans l’esprit de l’une de ses étudiantes une unité de bien-être, idéale pour endormir ses enfants.

Et tac ! Debout, mon petit ! Le matin chanté par le coq point sans tac attendre. Son ami le paon de la vallée se manifestera à toi par ses cris reconnaissables lorsque que tu reviendras à pied de l’école des bruyères. J’ai confiance en ta capacité à discerner un chant d’un cri. Le paon a besoin qu’on l’aide, mais nous ignorons où il se trouve ! Il faut mener une enquête pour savoir quel est l’habitant qui le retient prisonnier dans une cage aux barreaux d’or près d’une fontaine aux poissons d’argent où s’abreuvent des biches de bronze.

Le professeur, de bonne heure, nous remet les feuilles d’examen. L’étudiante aux yeux doux et timides ne les mouillent pas d’humides larmes quand à nouveau elle loue ses charmes dans la modulation de son écriture ambivalente. Tac, tac, tac, tac, encore la même seconde que la montre de couleurs inonde de sa lumière féconde.

La tapisserie des fauves

Je prise les oeuvres si fines de Nina Cosco. Cette personne s’habille avec gout. Elle est entourée de deux fauves depuis que le premier, petit être au doux pelage, s’est jeté dans le vide dans un accès de psychose, ou plutôt, a vécu un dramatique accident de balcon comme cela arrive parfois aux chats d’appartement. Chaque exposition de son travail attire mes regards émerveillés par cet univers minimal et raffiné. 

Il est possible d’acheter pour peu de sous l’intégralité des oeuvres de Nina Cosco à son stand à l’un des nombreux festivals auxquels elle participe. Il serait aimable, alors, de fournir une couverture imprimée avec une copie des couvertures de ses oeuvres afin qu’elle puisse dignement se tenir devant sa table sans être prise pour une figurante. Je veux, voyez-vous, que vous brodiez cette couverture avec des fils d’or et de lin. Ce présent de nature féminine vous permettra de l’honorer à sa juste mesure, celle du temps de confection d’une étoffe féminine destinée à être exposée près de tapisseries du Moyen Âge telles que celle de la licorne.

Papier bavarde est une petite édition de grande qualité, de même que chacune des petites éditions de cette illustratrice influente dans le milieu artistique. Dans cette édition, l’un des poèmes a particulièrement retenu mon attention, car ses anaphores me rappellent le poème ayant pour titre « Sommeil du juste » de mon professeur de littérature. Le message de ces deux poèmes est le même : de nombreuses personnes ont la conscience tranquille alors qu’ils agissent, par ailleurs, de manière odieuse. 

Je prends un grand plaisir à décrire les illustrations de Papier Bavarde. Leur description exacte permet d’accéder à un registre poétique de haute volée. Cet univers est reposant pour moi. C’est le tac minimal de mon professeur de sémiologie. Je vous livre mes commentaires, de la couverture à la dernière page.

Les pleurs sont des chemins que des fourmis reconnaissent sur place. Dans le secret, l’une d’elle gravit un pétale et s’apprête à nous dire bonjour. Il y en a sur le tronc des arbres. Tu en écrases parfois, volontairement, mais tu t’y reprends. 

Le sourcier ne sait par où l’eau est passée. Muni d’un marteau, il change d’outil pour jouer à un jeu de balles que l’on ne clouent jamais dans sa maison. Les ménages pleurent tant que leurs larmes s’évadent sous la forme de larges sphères par la cheminée.

Il y a une page où l’on se retient de dessiner un nez. En experte, je vous recommande de n’en faire rien, car le personnage de la page suivante se voit par transparence et, comble de tout dans cet univers graphique, il possède un nez. 

La petite fille fait des bulles qui éclateront comme sa tête le fera un jour si elle ne prend pas garde à la circulation aérienne au sein de laquelle on exprime dorénavant l’ascension par une flèche montagne dont des lumières indiquent le sens. Le joueur de trompette possède une main dominante ayant un comportement d’étoile de mer. 

Le bonhomme déguisé fait le grand écart sur la banquise. Un véritable pingouin, le seul de la scène avec certitude, constate que ce pont s’est moqué de lui. Un nez est ce que je regarde alors qu’il pourrait être un bec. Un bras pourrait être une aile pourrait être un élytre.

Le livre que nous lisons à notre tout-petit que nous munissons, comme nous, d’un chapeau est si passionnant qu’il ne prête pas attention au train qui file sur les voies.

La pluie tombe du toit sur la tige de la tulipe renfermant une fourmi se protégeant de la pluie. La plante pourra se redresser, progressivement, car elle manquait de pluie, non d’eau.

Il est obscur qu’il s’agit d’une manette.

Il serait bon que tu avales cette pilule avant d’aller dormir. Tu recevrais un baiser.

Une fourmi se fait passer pour une drôle de brochette japonaise sur une scène, observée par trois spectateurs. Ils souhaiteraient l’applaudir, mais ils n’ont chacun qu’une main. Alors ils se topent les uns les autres en se félicitant d’être venus au spectacle.

Le tour de magie est exceptionnel. Un chien suspendu au bras gauche du magicien disparait. Sur son bras droit, un téléphone fixe apparait. Au téléphone, on apprend que le chien a été retrouvé sur un toit.

Les canards pondent des oeufs dans nos cheminées lorsqu’ils se sentent très observés. L’ornithologue ne voit pas l’oeuf. Il pourrait y en avoir tellement. 

Un escargot pourrait posséder des ocelles sur sa coquille. Ce sont les yeux de Nancy.

Cette très belle femme aime être oblitérée dans un lâcher ponctuel de confettis.

Je te dessine un agneau. Il est bleu. Il ressemble à un nuage et se trouve dans une boite dont il fait sortir sa tête.

Quelque chose me retient. Autre chose m’attire. L’énergie s’en va.

Les personnes ayant une déficience mentale dessinent parfois leurs arbres tels que celui-là. Elles insistent sur l’importance du fût. Le devenir d’une pomme est souvent de grossir et d’être mangée. Elles pourraient atteindre la taille réelle sur le dessin, elle. Le ver qui l’habite nécessairement est carnivore. Chut. Nous passons près du pommier.

Je vous assure qu’il s’agit d’une métaphore pour représenter un escargot qui gravit un arbre pour saluer un fruit de ses antennes.

Un chat noir et blanc saute. Il donne de l’inspiration aux stylistes des maillots de bain.

Il n’y a rien de plus beau qu’une femme qui dort. Les pommes chutent la nuit, peut-être plus souvent. Une fenêtre sur la récolte de l’année attend une souris pour la dévorer.

L’inverse de notre fécondation serait que toutes les cellules sexuelles mâles soient rassemblées à l’intérieur de la cellule femelle et que l’une d’elles soit choisie pour rester au terme d’une concertation.

La table d’opération est éclairée par des luminaires elliptiques de faible intensité lumineuse.

On peut retourner d’où l’on vient si un oeuf a été peint.

J’avais envie de séparer les lettres manuscrites comme vos coiffures de vos têtes. Et coupe !

Dans l’obscurité, je ne mange qu’un bonbon emballé correctement.

La poitrine de cette femme est vue sous un éclairage japonais, du dessus.

Le temps s’est déplacé comme la tête de la chouette.

Plic. Ploc. Nous sommes encore là.

Nos corps s’écartent de la norme.

La vitesse des aiguilles est exprimée avec une diffusion d’encre.

Au bilan, une petite tête d’enfant fera son apparition.

Au temps zéro, il y avait peut-être une clé sans dents, moins agressive, pour ne se défendre de rien.

Celui-ci, je ne sais pas. Il me rappelle une horloge et un téléphone fixe ancien.

Cette version schématique indique qu’il y a une chauve-souris sous une branche de cet arbre et un parapluie rouge à une autre branche.

Une forme d’évolution lie les chiens sous la pluie.

Je vous explique qu’un chat rouge à la queue foudroyante habite dans ce nuage au sexe indéterminé. Les pleurs nuagent à l’extérieur lorsque le navire découvre une destination qui lui plait mieux. L’intérieur est intense et inverse. L’internement n’est pas nécessaire.

Le petit bonhomme rouge a trouvé une cachette avant que le sentiment de l’extérieur ne l’entoure de ses cellules.

Les gouttes d’eau du robinet sont des têtards offensés qu’un oeuf leur refuse l’accès à son contenu.

Je vous écoute, ne criez pas !

De toute façon, vous ne sentez rien.

Les oiseaux se pavanent comme des sphères.

Une attraction drôle les attire.

Ce bonhomme sort des toilettes l’air dépité.

Ce voyeur regarde sous les jupes des filles.

Jadis, on transportait de lourds blocs de pierre sur des rondins que l’on faisait rouler. Il est facile de déplacer les pyramides sachant qu’elles étaient habitées chacune par un gastéropode.

Le train à grande vitesse arrive toujours à une heure raisonnable lorsque je l’attends avec un livre.

Une valise oubliée impose un atterrissage immédiat. Où s’y oppose-t-elle ?

Le hérisson chante : « Il y a trois portes, l’une est pomme, une autre est pomme et la dernière a un gout de myrtille. » Nous avons obtenu du bonhomme à l’arrière ou à l’avant du véhicule selon la place, l’humeur ou la disposition d’un unique siège de rouler comme une chenille. C’était un piège pour un véhicule muni de roues de plus grande taille, mais nous n’en dirons pas plus sur ce piège, rappelons-le dans la même phrase. Une découverte sous une latte souple contraint les pieds à passer du rouge au vert.

Les cerises peuvent être, effectivement, accrochées au-dessus de l’oreille lorsqu’elles se présentent par deux.

Une radiographie d’une sucette en sucre fracturée n’est pas nécessaire lorsqu’elle est transparente.

L’insecte de la forêt toxique file et regarde de tous les côtés.

J’épouse la forme du contenant de verre que l’on me tend. Un canard s’y trouve et je me demande si cela vaut la peine d’appeler à l’aide.

Ces petites fourmis ont deux pattes sur la tête, le thorax et l’abdomen. Elles sont mignonnes.

Je souhaite qu’un jour, je puisse rédiger un livre d’art, dans un contexte académique, sur Nina Cosco. Ce n’est pas un souhait griffonné. Apprendre à parler d’un autre artiste est une compétence utile. J’apprécie de me plonger dans l’univers de quelques personnes, que j’approfondis, pour pouvoir embrasser l’ensemble des productions de notre temps. 

Je pense que pour pouvoir étudier correctement le travail d’un artiste, il ne faut pas chercher à le côtoyer. Immanquablement, les deux personnes finiraient par se retrouver quelque part. 

Il est nécessaire d’extraire les productions de l’artiste de son environnement. Elles tomberont en poussière lors de ce déplacement si elles n’ont aucun intérêt pour la société. Il me parait important de pouvoir déplacer une oeuvre. À ma connaissance, les fourmis l’ont compris.

L’institution d’une oeuvre dans un coeur doit prendre du temps.

Les tapisseries de Nina Cosco ont été exposées au Centre d’art Recyclart le temps d’une exposition. Elle écrit : « J’ai demandé à un ami proche de bien dormir pour que mon sommeil soit aussi bon que le sien. »

Un ami proche est une formule poétique pour désigner un compagnon partageant le même lit que soi autant qu’un ami moins proche que cela avec qui l’on a une connexion de haute qualité. Cette phrase de Nina Cosco est dotée d’une très grande poésie. Il convient d’analyser ses productions écrites pour mieux cerner les mécanismes qui entrent dans la composition de ses visuels. J’aime beaucoup prononcer ses textes avec un accent ou une mélodie.

La pensée de Nina Cosco, contrairement à ce qui est indiqué dans sa présentation, ne serait nullement absurde et minimale. Elle est capable de penser des situations qui le sont. Cette première formulation pourrait être une façon détournée de ridiculiser sa personne, si elle venait d’une autre main que la sienne et dans d’autres circonstances. Pour une personne qui s’y connait peu en art, l’association des adjectifs absurde et minimal peut sonner aussi négativement que celle d’aberrant et misérable. Mais, le minimalisme est un art tandis que le misérabilisme est une tendance à insister sur les aspects les plus misérables et l’absurde nous fait rire tandis que l’aberrant nous atterre simplement. Je suppose qu’il est possible d’être un artiste digne pour chacune des associations d’adjectifs imaginables en raison de la polysémie.

Nina Cosco n’est pas chercheuse en art au sens académique, car elle ne dispose vraisemblablement pas de ce statut clairement identifié dans le système académique. Cependant, elle effectue bien de nombreuses recherches et obtient véritablement des résultats.

Nina Cosco est l’auteure de nombreuses illustrations. Je pense que son minimalisme est raffiné.

Il faut se demander s’il est plus facile de décrire une situation absurde avec beaucoup d’éléments qu’avec très peu.

Cette présentation met en avant le ou les collages de l’artiste « au sens large ». L’emploi du mot collage entraine chez moi une confusion dans la hiérarchie des talents de Nina Cosco. D’après moi, ce sont ses tapisseries qui sont l’élément central de son exposition comme elle nous le montre dans une publication sur sa page personnelle. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de la visiter.

Coucher sur papier des réflexions quotidiennes est à la portée de tout le monde. Il convient de prêter attention à ce que Nina Cosco choisit d’écrire et comment elle l’exprime. Dans Papier Bavarde, elle raconte des épisodes de sa vie d’artiste en voie de professionnalisation. L’esthétique de sa poésie textuelle mélange douceur et colère contre des évènements banalisés exprimée avec les termes les plus adéquats dans le langage courant.

La description nous parle de rassemblement et de compilation de « traits tantôt lisses et froids à ceux maladroits ». C’est une façon modeste de décrire ses dessins. À nouveau, ce sont des termes techniquement corrects pouvant être mal interprétés si l’on se heurte, dans leur assemblage, à leur connotation négative.

La lenteur nécessaire à la survie de l’hiver est une très belle idée. Cependant, il se pourrait que les tapisseries de Nina Cosco évoquent en réalité la rapidité qu’il est nécessaire de revêtir pour aller au travail. Dans les deux cas, il s’agirait d’un produit textile. Une tête émerge lentement de dessous une couverture alors qu’un manteau est jeté par-dessus nos épaules pour que l’on s’engouffre dans le monde du dehors.

Nina Cosco m’a fourni des indications sur son travail par écrit lorsque je lui demandé une autorisation pour m’en servir au cours d’un premier atelier basé sur une sélection des dessins présents sur sa page personnelle.

Elle m’a écrit que les bénéficiaires du centre de jour pour personnes ayant une déficience légère à modérée pouvaient travailler autour de la composition et de la recherche de formes simples mêlées à des dessins naïfs et jetés sur la base, par exemple, de certains dessins tels que ceux faits à main levée étant pour la plupart issus de premiers jets sur papier. Nina Cosco précise qu’elle n’a pas cherché à s’appliquer en dessinant ces dessins. Elle accepte qu’ils soient un peu maladroits et tordus, ce qui entre en conflit ou, au contraire, en harmonie avec les formes géométriques plus minimales.

Nina Cosco est une artiste valeureuse qui a accepté qu’une inconnue, c’est-à-dire moi, puisse animer un atelier auprès de quelques personnes ayant une déficience mentale légère à modérée. Elle a facilité mon travail en me fournissant toutes les informations nécessaires afin que je ne trahisse pas son oeuvre au cours de l’atelier. Il était osé d’accepter que son minimalisme se confronte à celui des bénéficiaires du centre de jour. Il se fait que, d’une part, Nina Cosco a confiance dans la qualité de ses dessins et, d’autre part, elle respecte les personnes handicapées mentalement.

Le Roi Philippe a pris un repas à Recyclart durant l’exposition de Nina Cosco. Sur la photographie que l’artiste a choisie parmi d’autres pour raconter l’évènement personnellement, on le voit entouré par un J à l’angle droit d’hommes, de personnes d’apparence masculine si l’on veut être pointilleux sur les mots, servi par un serveur tout aussi masculin. On aperçoit les tapisseries de l’artiste à droite du Roi, plus à droite qu’une affiche de Recyclart noire aux caractères blanc net, droit et fort. J’ignore s’il est bon de créer une symbolique à partir de cette photographie, mais je peux le faire pour m’entrainer à analyser une image. J’ai le sentiment qu’elle donne des indications sur le sexe des personnes.

Une boulangère-pâtissière m’a un jour expliqué que lorsqu’elle étudiait, les femmes étaient plutôt orientées vers la pâtisserie. Les produits de boulangerie-tapisserie n’existent pas dans la mesure où il n’existe pas de commerce qui vende du pain et des tapisseries. J’ignore comment ces deux activités pourraient devenir indissociables et si la tapisserie attirerait, dans cette nouvelle conception d’un apprentissage, plutôt les femmes.

Un menu se compose, la plupart du temps, d’une entrée, d’un plat principal et d’un dessert. Le programme du Roi devait être écrit de la manière suivante : entrée dans l’exposition, repas, produit tapissier.


Le titre de cet article ne provient pas de celui d’une tapisserie de Nina Cosco ou des représentants du même nom d’un mouvement pictural. Il s’agit d’une tapisserie qu’elle pourrait tisser au sujet de ses deux chats. La robe des deux chats de Nina Cosco est tricolore ou calico.

Il s’agit de mon premier texte artistique au sujet d’une autre artiste. C’est un exercice très enrichissant pour moi.

La course de Soleil de Mai Printemps Funeste

Le document est vierge. Désespérément vierge. Il n’y a rien dans cette copie ! Mon professeur de malheur s’énerve pour d’obscures raisons durant la session d’examen. J’ai reçu de sa main un morceau de papier rectangulaire que j’observe avec consternation. Je me sens comme le voyage dont il parlait durant un cours, un cours entier, une oeuvre à ne jamais oublier qu’il plaçait très haut dans sa caverne de documents. Vierge fidèle, mon hymen est un mystère qu’un seul homme a percé. Pourquoi semblez-vous si énervé, quand je sais, la veille, que j’ai lancé énigmatiquement à une muse Lippi que le tyran était jaloux, possesseur, briseur des âmes des femmes qui se soumettent à lui dans leurs rêves doux, tendres, leur désir de l’épanouir, leur volonté de lui apporter la chantante finesse d’une ligne italienne ? Je voulais me protéger, partir avec une très belle Pirouette qui enfante gentiment deux fois du même chat. Ô très beau sémiologue, mon sentiment est si pur que je te destine à ma fille. C’est l’être le plus exquis qu’un gredin du phalanstère puisse désirer sans financer son obscur commerce. Je ne l’ai plus vue depuis si longtemps que je délire en la cherchant regardant chaque plume tombant dans le printemps.

Ma professeure, de bonne heure, se rend à son cours idéal pour illuminer une étoile qui vibre quand elle parle. Un texte de qualité cerne la part d’ombre de l’autrice qui dans une note de bas de page rend hommage à Soleil de Mai Printemps Funeste Jument Mystique Enfant d’une Louve qui met bas le jour de la naissance de Rome coursant pour une note qui valait bien sa cote ! J’écris pour le Christ, seulement pour le Christ ! Ne pouvez-vous comprendre que dans mes rêves tendres mon Ange sait me comprendre ? Il attendait un texte qui prédit le retour de la Renaissance vénitienne d’un quartier, ma foi, fort sombre. J’écris très bien, je me porte bien. Le texte est long, il ne finit jamais, chanté chaque nuit pour l’Homme au Sable.

Une question posée par une étudiante à Elizabeth Finch

Chère Professeure,

Faut-il épouser sa vraie nature ou la forme du contenant ? Faut-il épouser la Nature ou la Forme d’un con, ma foi bien gras, tenant un morceau de pain ? Faut-il user de la perspective ou partager le gaufrier à son voisin ?

Alice

Chère Alice,

Vous avez habilement représenté votre professeur de sémiologie et votre professeur de littérature de première année de cette composition de dessins d’inspiration japonaise. Il y a le Professeur Layton fumeur et le pirate muni d’un pain. Ils sont très ressemblants. Je vous félicite pour votre question dessinée. J’apprécie que vous usiez d’une opacité légèrement réduite pour la plupart de vos traits. Cela me permet de mieux comprendre la façon dont vous les dessinez. Ma réponse est qu’il faut épouser la vraie nature de la forme d’un sexe féminin pour permettre à un enfant d’en sortir vivant. Il y a un coeur dans l’oeil gauche de votre Luke-Link. C’est le message principal de ce visage. Votre recueil poétique est votre objectif. J’attends avec impatience que vous terminiez la rédaction de ce recueil de poèmes dont vous m’avez envoyé de magnifiques extraits.

Elizabeth Finch

Faut-il épouser sa vraie nature ou la forme du contenant ?

Luminopolis

Il n’y avait pas beaucoup de lumière dans cet endroit. D’après la brochure, l’exposition interactive est prévue pour les enfants, les adolescents et les (jeunes) adultes. Ce dimanche après-midi, la salle d’exposition ressemblait à une aire de jeux idiots. J’ai pensé à mon fiancé et à la réaction que nous aurions dû avoir si nous avions emmené notre enfant à cette exposition temporaire.

Je souhaite que l’éducation que nous aurions donné à notre enfant l’aurait détourné de cette zone du Musée des Sciences Naturelles. Il n’aurait pas eu une manifestation de peur face aux autres enfants qui appuient sur les boutons, touchent les écrans et se pressent d’un côté à l’autre de la salle compartimentée. « Il n’a pas peur de la faune microbienne de cet environnement. » dirais-je avec précaution en désignant les autres enfants et les germes qu’ils déposent par cette formule méprisante.

J’ai beaucoup aimé me rendre au Musée des Sciences Naturelles lorsque j’étais enfant. Mon plus beau souvenir est une vidéo dans laquelle un hibou ou une chouette mange une souris dans la nuit après l’avoir chassée. Il s’agissait d’un très-court-métrage d’animation, et non de prises de vue. Je suis venue plusieurs fois au Musée en me dirigeant avec joie dans la petite pièce munie de rideaux pour revoir le film. C’est un souvenir plus pur que mon enthousiasme pour le cinéma 4D Bob L’éponge de Walibi. Joie ! J’aime beaucoup Bob l’éponge, mais je pense que j’ai exagéré au cours de ma vie à son sujet. Ce n’est pas un mode de vie sain que de regarder la télévision durant des après-midis entiers à regarder ses épisodes, même si on les a déjà vus et que l’on est déçu que la chaine de télévision n’en possède pas de nouveaux ou ne souhaite pas les diffuser.

Lorsque j’étais enfant, j’ai recherché sur l’internet des images sur la sexualité des personnages de dessins animés. J’étais très triste que le monde soit si sale. J’aimais le monde émergé de ces séries de dessins animés. J’avais peur de toutes ces personnes qui dessinent de la pornographie en dénaturant des personnages de fiction travaillés, non lisses et propres, mais rugueux contre toutes les apparences. Les Simpson ont beaucoup évolué. Les premières saisons étaient moches. Il suffit de voir les suivantes pour le comprendre. Je voyais bien que les Simpson de mes recherches n’étaient pas la création des auteurs de la série. Pas ceux qui ont travaillé dans les studios de création qui ont produit les dessins animés que j’aime et les ont toujours respectés. Ce ne sont pas quelques Gaston et Mlle Jeanne qui sont intimes qui me feront peur. André Franquin n’a jamais sali son personnage. Quand j’ai appris que Bastien Vivès avait dessiné des bandes dessinées pornographiques, j’ai été spontanément heureuse. J’étais rassurée que cet auteur qui me paraissait valeureux d’après les quelques interviews que j’avais regardées de lui ait créé des bandes dessinées pornographiques (tout court) avec son style unique. Il n’a jamais dessiné un Simpson dégoutant qui baise sa fille. Il pourrait dessiner un Simpson qui baise sa fille avec son style.

Le style est la façon particulière dont on exprime sa pensée. C’est aussi un terme de botanique. Je suis sûre que Bastien Vivès est capable de dessiner une superbe image sur ce thème. J’apprécie Bastien Vivès. J’ai confiance en lui pour évacuer la (fausse ?) polémique qui le concerne. Mais si son Simpson est dégoutant, j’irai signer des pétitions pour qu’on le décapite !

Je n’aime pas la partie immergée des images. Je me suis demandée si c’était l’autre moitié de notre humanité, voire le vrai tout.

Il y a des personnes qui ne sont pas malades qui passent leur vie à chercher à corrompre des mineurs. Il faut les identifier et les mettre hors d’état de nuire. Mais attention, il faut raisonner. Il faut mettre à l’épreuve les auteurs qui dérapent en leur donnant des défis pour les remettre dans le droit chemin. Peut-être ne l’ont-il jamais quitté ?

Je souhaite que le monde me permette de protéger mes enfants de tout cela. Je vous laisse le droit d’exposer vos enfants différemment à ces sources en vous faisant confiance sur votre capacité à expliquer certaines images, à les montrer avant que vos enfants ne les voient seuls et démunis. Notre professeur d’Histoire nous avait raconté avec humour que l’iconographie égyptienne comportait des représentations sexuelles où les sexes étaient démesurés. Démesurés ! Ils explosaient ! Le Nil était recouvert d’une pellicule de sang et de sperme que des femmes en barque vêtues de voiles blancs nettoyaient. Je vous demande d’aller vérifier ce que j’avance à votre manière. Faut-il demander à papa, à maman ce qu’il en retourne ou est-il préférable de chercher par soi-même à satisfaire sa curiosité tout en douceur ?

Il y avait un adulte qui semblait véritablement apporter des explications à ses enfants en s’appuyant sur les panneaux. Je n’ai pas compris comment il y parvenait.


Le défi lancé à Bastien Vivès au travers de ce texte doit se considérer localement. Il serait vain de rechercher des dessins de cet auteur de bandes dessinées mettant en scène des Simpson dans des situations obscènes ou pornographiques. C’est une façon de piéger les fouineurs. Quand bien même en existerait-il, ce n’est pas l’angle de vue à adopter. Ce texte permet de considérer, pour un temps et pour un auteur, que la représentation de deux personnages de dessin animé dans une situation particulière est un interdit. Le mot « baiser » m’a paru intéressant pour sa polysémie. Le dessin que pourrait faire Bastien Vivès, respectueux et subtil, aurait une grande valeur symbolique. Ensuite, cet auteur pourrait dépasser ce dessin et choisir de reprendre ou non sa ligne artistique. Le défi lui aurait permis, de toute manière, d’évoluer. Une réponse à ce défi sous la forme d’un dessin niais et stupide équivaudrait à une condamnation morale aussi bien qu’un dessin obscène ou pornographique.