Alice Rosa Stéphanie Vissers

Poétesse blogueuse blagueuse à la bogue et à la bague en vogue sur les vagues et peintre

Alice Rosa Stéphanie Vissers est née le 22 mai 1997. Sa nationalité est belge. Elle est tournée vers son monde intérieur.

Je prise les oeuvres si fines de Nina Cosco. Cette personne s’habille avec gout. Elle est entourée de deux fauves depuis que le premier, petit être au doux pelage, s’est jeté dans le vide dans un accès de psychose, ou plutôt, a vécu un dramatique accident de balcon comme cela arrive parfois aux chats d’appartement. Chaque exposition de son travail attire mes regards émerveillés par cet univers minimal et raffiné. 

Il est possible d’acheter pour peu de sous l’intégralité des oeuvres de Nina Cosco à son stand à l’un des nombreux festivals auxquels elle participe. Il serait aimable, alors, de fournir une couverture imprimée avec une copie des couvertures de ses oeuvres afin qu’elle puisse dignement se tenir devant sa table sans être prise pour une figurante. Je veux, voyez-vous, que vous brodiez cette couverture avec des fils d’or et de lin. Ce présent de nature féminine vous permettra de l’honorer à sa juste mesure, celle du temps de confection d’une étoffe féminine destinée à être exposée près de tapisseries du Moyen Âge telles que celle de la licorne.

Papier bavarde est une petite édition de grande qualité, de même que chacune des petites éditions de cette illustratrice influente dans le milieu artistique. Dans cette édition, l’un des poèmes a particulièrement retenu mon attention, car ses anaphores me rappellent le poème ayant pour titre « Sommeil du juste » de mon professeur de littérature. Le message de ces deux poèmes est le même : de nombreuses personnes ont la conscience tranquille alors qu’ils agissent, par ailleurs, de manière odieuse. 

Je prends un grand plaisir à décrire les illustrations de Papier Bavarde. Leur description exacte permet d’accéder à un registre poétique de haute volée. Cet univers est reposant pour moi. C’est le tac minimal de mon professeur de sémiologie. Je vous livre mes commentaires, de la couverture à la dernière page.

Les pleurs sont des chemins que des fourmis reconnaissent sur place. Dans le secret, l’une d’elle gravit un pétale et s’apprête à nous dire bonjour. Il y en a sur le tronc des arbres. Tu en écrases parfois, volontairement, mais tu t’y reprends. 

Le sourcier ne sait par où l’eau est passée. Muni d’un marteau, il change d’outil pour jouer à un jeu de balles que l’on ne clouent jamais dans sa maison. Les ménages pleurent tant que leurs larmes s’évadent sous la forme de larges sphères par la cheminée.

Il y a une page où l’on se retient de dessiner un nez. En experte, je vous recommande de n’en faire rien, car le personnage de la page suivante se voit par transparence et, comble de tout dans cet univers graphique, il possède un nez. 

La petite fille fait des bulles qui éclateront comme sa tête le fera un jour si elle ne prend pas garde à la circulation aérienne au sein de laquelle on exprime dorénavant l’ascension par une flèche montagne dont des lumières indiquent le sens. Le joueur de trompette possède une main dominante ayant un comportement d’étoile de mer. 

Le bonhomme déguisé fait le grand écart sur la banquise. Un véritable pingouin, le seul de la scène avec certitude, constate que ce pont s’est moqué de lui. Un nez est ce que je regarde alors qu’il pourrait être un bec. Un bras pourrait être une aile pourrait être un élytre.

Le livre que nous lisons à notre tout-petit que nous munissons, comme nous, d’un chapeau est si passionnant qu’il ne prête pas attention au train qui file sur les voies.

La pluie tombe du toit sur la tige de la tulipe renfermant une fourmi se protégeant de la pluie. La plante pourra se redresser, progressivement, car elle manquait de pluie, non d’eau.

Il est obscur qu’il s’agit d’une manette.

Il serait bon que tu avales cette pilule avant d’aller dormir. Tu recevrais un baiser.

Une fourmi se fait passer pour une drôle de brochette japonaise sur une scène, observée par trois spectateurs. Ils souhaiteraient l’applaudir, mais ils n’ont chacun qu’une main. Alors ils se topent les uns les autres en se félicitant d’être venus au spectacle.

Le tour de magie est exceptionnel. Un chien suspendu au bras gauche du magicien disparait. Sur son bras droit, un téléphone fixe apparait. Au téléphone, on apprend que le chien a été retrouvé sur un toit.

Les canards pondent des oeufs dans nos cheminées lorsqu’ils se sentent très observés. L’ornithologue ne voit pas l’oeuf. Il pourrait y en avoir tellement. 

Un escargot pourrait posséder des ocelles sur sa coquille. Ce sont les yeux de Nancy.

Cette très belle femme aime être oblitérée dans un lâcher ponctuel de confettis.

Je te dessine un agneau. Il est bleu. Il ressemble à un nuage et se trouve dans une boite dont il fait sortir sa tête.

Quelque chose me retient. Autre chose m’attire. L’énergie s’en va.

Les personnes ayant une déficience mentale dessinent parfois leurs arbres tels que celui-là. Elles insistent sur l’importance du fût. Le devenir d’une pomme est souvent de grossir et d’être mangée. Elles pourraient atteindre la taille réelle sur le dessin, elle. Le ver qui l’habite nécessairement est carnivore. Chut. Nous passons près du pommier.

Je vous assure qu’il s’agit d’une métaphore pour représenter un escargot qui gravit un arbre pour saluer un fruit de ses antennes.

Un chat noir et blanc saute. Il donne de l’inspiration aux stylistes des maillots de bain.

Il n’y a rien de plus beau qu’une femme qui dort. Les pommes chutent la nuit, peut-être plus souvent. Une fenêtre sur la récolte de l’année attend une souris pour la dévorer.

L’inverse de notre fécondation serait que toutes les cellules sexuelles mâles soient rassemblées à l’intérieur de la cellule femelle et que l’une d’elles soit choisie pour rester au terme d’une concertation.

La table d’opération est éclairée par des luminaires elliptiques de faible intensité lumineuse.

On peut retourner d’où l’on vient si un oeuf a été peint.

J’avais envie de séparer les lettres manuscrites comme vos coiffures de vos têtes. Et coupe !

Dans l’obscurité, je ne mange qu’un bonbon emballé correctement.

La poitrine de cette femme est vue sous un éclairage japonais, du dessus.

Le temps s’est déplacé comme la tête de la chouette.

Plic. Ploc. Nous sommes encore là.

Nos corps s’écartent de la norme.

La vitesse des aiguilles est exprimée avec une diffusion d’encre.

Au bilan, une petite tête d’enfant fera son apparition.

Au temps zéro, il y avait peut-être une clé sans dents, moins agressive, pour ne se défendre de rien.

Celui-ci, je ne sais pas. Il me rappelle une horloge et un téléphone fixe ancien.

Cette version schématique indique qu’il y a une chauve-souris sous une branche de cet arbre et un parapluie rouge à une autre branche.

Une forme d’évolution lie les chiens sous la pluie.

Je vous explique qu’un chat rouge à la queue foudroyante habite dans ce nuage au sexe indéterminé. Les pleurs nuagent à l’extérieur lorsque le navire découvre une destination qui lui plait mieux. L’intérieur est intense et inverse. L’internement n’est pas nécessaire.

Le petit bonhomme rouge a trouvé une cachette avant que le sentiment de l’extérieur ne l’entoure de ses cellules.

Les gouttes d’eau du robinet sont des têtards offensés qu’un oeuf leur refuse l’accès à son contenu.

Je vous écoute, ne criez pas !

De toute façon, vous ne sentez rien.

Les oiseaux se pavanent comme des sphères.

Une attraction drôle les attire.

Ce bonhomme sort des toilettes l’air dépité.

Ce voyeur regarde sous les jupes des filles.

Jadis, on transportait de lourds blocs de pierre sur des rondins que l’on faisait rouler. Il est facile de déplacer les pyramides sachant qu’elles étaient habitées chacune par un gastéropode.

Le train à grande vitesse arrive toujours à une heure raisonnable lorsque je l’attends avec un livre.

Une valise oubliée impose un atterrissage immédiat. Où s’y oppose-t-elle ?

Le hérisson chante : « Il y a trois portes, l’une est pomme, une autre est pomme et la dernière a un gout de myrtille. » Nous avons obtenu du bonhomme à l’arrière ou à l’avant du véhicule selon la place, l’humeur ou la disposition d’un unique siège de rouler comme une chenille. C’était un piège pour un véhicule muni de roues de plus grande taille, mais nous n’en dirons pas plus sur ce piège, rappelons-le dans la même phrase. Une découverte sous une latte souple contraint les pieds à passer du rouge au vert.

Les cerises peuvent être, effectivement, accrochées au-dessus de l’oreille lorsqu’elles se présentent par deux.

Une radiographie d’une sucette en sucre fracturée n’est pas nécessaire lorsqu’elle est transparente.

L’insecte de la forêt toxique file et regarde de tous les côtés.

J’épouse la forme du contenant de verre que l’on me tend. Un canard s’y trouve et je me demande si cela vaut la peine d’appeler à l’aide.

Ces petites fourmis ont deux pattes sur la tête, le thorax et l’abdomen. Elles sont mignonnes.

Je souhaite qu’un jour, je puisse rédiger un livre d’art, dans un contexte académique, sur Nina Cosco. Ce n’est pas un souhait griffonné. Apprendre à parler d’un autre artiste est une compétence utile. J’apprécie de me plonger dans l’univers de quelques personnes, que j’approfondis, pour pouvoir embrasser l’ensemble des productions de notre temps. 

Je pense que pour pouvoir étudier correctement le travail d’un artiste, il ne faut pas chercher à le côtoyer. Immanquablement, les deux personnes finiraient par se retrouver quelque part. 

Il est nécessaire d’extraire les productions de l’artiste de son environnement. Elles tomberont en poussière lors de ce déplacement si elles n’ont aucun intérêt pour la société. Il me parait important de pouvoir déplacer une oeuvre. À ma connaissance, les fourmis l’ont compris.

L’institution d’une oeuvre dans un coeur doit prendre du temps.

Les tapisseries de Nina Cosco ont été exposées au Centre d’art Recyclart le temps d’une exposition. Elle écrit : « J’ai demandé à un ami proche de bien dormir pour que mon sommeil soit aussi bon que le sien. »

Un ami proche est une formule poétique pour désigner un compagnon partageant le même lit que soi autant qu’un ami moins proche que cela avec qui l’on a une connexion de haute qualité. Cette phrase de Nina Cosco est dotée d’une très grande poésie. Il convient d’analyser ses productions écrites pour mieux cerner les mécanismes qui entrent dans la composition de ses visuels. J’aime beaucoup prononcer ses textes avec un accent ou une mélodie.

La pensée de Nina Cosco, contrairement à ce qui est indiqué dans sa présentation, ne serait nullement absurde et minimale. Elle est capable de penser des situations qui le sont. Cette première formulation pourrait être une façon détournée de ridiculiser sa personne, si elle venait d’une autre main que la sienne et dans d’autres circonstances. Pour une personne qui s’y connait peu en art, l’association des adjectifs absurde et minimal peut sonner aussi négativement que celle d’aberrant et misérable. Mais, le minimalisme est un art tandis que le misérabilisme est une tendance à insister sur les aspects les plus misérables et l’absurde nous fait rire tandis que l’aberrant nous atterre simplement. Je suppose qu’il est possible d’être un artiste digne pour chacune des associations d’adjectifs imaginables en raison de la polysémie.

Nina Cosco n’est pas chercheuse en art au sens académique, car elle ne dispose vraisemblablement pas de ce statut clairement identifié dans le système académique. Cependant, elle effectue bien de nombreuses recherches et obtient véritablement des résultats.

Nina Cosco est l’auteure de nombreuses illustrations. Je pense que son minimalisme est raffiné.

Il faut se demander s’il est plus facile de décrire une situation absurde avec beaucoup d’éléments qu’avec très peu.

Cette présentation met en avant le ou les collages de l’artiste « au sens large ». L’emploi du mot collage entraine chez moi une confusion dans la hiérarchie des talents de Nina Cosco. D’après moi, ce sont ses tapisseries qui sont l’élément central de son exposition comme elle nous le montre dans une publication sur sa page personnelle. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de la visiter.

Coucher sur papier des réflexions quotidiennes est à la portée de tout le monde. Il convient de prêter attention à ce que Nina Cosco choisit d’écrire et comment elle l’exprime. Dans Papier Bavarde, elle raconte des épisodes de sa vie d’artiste en voie de professionnalisation. L’esthétique de sa poésie textuelle mélange douceur et colère contre des évènements banalisés exprimée avec les termes les plus adéquats dans le langage courant.

La description nous parle de rassemblement et de compilation de « traits tantôt lisses et froids à ceux maladroits ». C’est une façon modeste de décrire ses dessins. À nouveau, ce sont des termes techniquement corrects pouvant être mal interprétés si l’on se heurte, dans leur assemblage, à leur connotation négative.

La lenteur nécessaire à la survie de l’hiver est une très belle idée. Cependant, il se pourrait que les tapisseries de Nina Cosco évoquent en réalité la rapidité qu’il est nécessaire de revêtir pour aller au travail. Dans les deux cas, il s’agirait d’un produit textile. Une tête émerge lentement de dessous une couverture alors qu’un manteau est jeté par-dessus nos épaules pour que l’on s’engouffre dans le monde du dehors.

Nina Cosco m’a fourni des indications sur son travail par écrit lorsque je lui demandé une autorisation pour m’en servir au cours d’un premier atelier basé sur une sélection des dessins présents sur sa page personnelle.

Elle m’a écrit que les bénéficiaires du centre de jour pour personnes ayant une déficience légère à modérée pouvaient travailler autour de la composition et de la recherche de formes simples mêlées à des dessins naïfs et jetés sur la base, par exemple, de certains dessins tels que ceux faits à main levée étant pour la plupart issus de premiers jets sur papier. Nina Cosco précise qu’elle n’a pas cherché à s’appliquer en dessinant ces dessins. Elle accepte qu’ils soient un peu maladroits et tordus, ce qui entre en conflit ou, au contraire, en harmonie avec les formes géométriques plus minimales.

Nina Cosco est une artiste valeureuse qui a accepté qu’une inconnue, c’est-à-dire moi, puisse animer un atelier auprès de quelques personnes ayant une déficience mentale légère à modérée. Elle a facilité mon travail en me fournissant toutes les informations nécessaires afin que je ne trahisse pas son oeuvre au cours de l’atelier. Il était osé d’accepter que son minimalisme se confronte à celui des bénéficiaires du centre de jour. Il se fait que, d’une part, Nina Cosco a confiance dans la qualité de ses dessins et, d’autre part, elle respecte les personnes handicapées mentalement.

Le Roi Philippe a pris un repas à Recyclart durant l’exposition de Nina Cosco. Sur la photographie que l’artiste a choisie parmi d’autres pour raconter l’évènement personnellement, on le voit entouré par un J à l’angle droit d’hommes, de personnes d’apparence masculine si l’on veut être pointilleux sur les mots, servi par un serveur tout aussi masculin. On aperçoit les tapisseries de l’artiste à droite du Roi, plus à droite qu’une affiche de Recyclart noire aux caractères blanc net, droit et fort. J’ignore s’il est bon de créer une symbolique à partir de cette photographie, mais je peux le faire pour m’entrainer à analyser une image. J’ai le sentiment qu’elle donne des indications sur le sexe des personnes.

Une boulangère-pâtissière m’a un jour expliqué que lorsqu’elle étudiait, les femmes étaient plutôt orientées vers la pâtisserie. Les produits de boulangerie-tapisserie n’existent pas dans la mesure où il n’existe pas de commerce qui vende du pain et des tapisseries. J’ignore comment ces deux activités pourraient devenir indissociables et si la tapisserie attirerait, dans cette nouvelle conception d’un apprentissage, plutôt les femmes.

Un menu se compose, la plupart du temps, d’une entrée, d’un plat principal et d’un dessert. Le programme du Roi devait être écrit de la manière suivante : entrée dans l’exposition, repas, produit tapissier.


Le titre de cet article ne provient pas de celui d’une tapisserie de Nina Cosco ou des représentants du même nom d’un mouvement pictural. Il s’agit d’une tapisserie qu’elle pourrait tisser au sujet de ses deux chats. La robe des deux chats de Nina Cosco est tricolore ou calico.

Il s’agit de mon premier texte artistique au sujet d’une autre artiste. C’est un exercice très enrichissant pour moi.

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3 responses to “La tapisserie des fauves”

  1. Avatar de Marie-Luce, miaougraphe

    Merci pour cette présentation de cette artiste à la fois poétique et informative. Ça me donne envie de découvrir son oeuvre.
    Une boulangerie-tapisserie, l’idée est intriguante.

    1. Avatar de Alice Rosa Stéphanie Vissers
      Alice Rosa Stéphanie Vissers

      Elle est présente sur le réseau social Instagram. Je pense que tu peux même lui commander une petite édition en la contactant personnellement.

      J’ai réfléchi à un lieu insolite dans lequel l’artiste pourrait exposer et vendre ses tapisseries.

      1. Avatar de Marie-Luce, miaougraphe

        Je vais chercher sur Instagram, merci pour l’info !

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