La propreté et le climat

Un jour, un homme m’a arrêtée alors que je remontais la rue très pentue qui débouche à son sommet sur la rue où j’habite. Il m’a dit que j’étais d’une extrême beauté, que la vie serait très difficile pour moi et qu’il me fallait encore prendre un peu d’âge, puis ne plus rien changer. Il m’a expliqué qu’un être tel que le mien n’avait pas besoin de se laver, car l’atmosphère, le vent, la chaleur, la lumière et la pluie pouvaient entretenir ma beauté.

Je retournerai à la mer un jour pour voir mes parents.

L’antenne

Monsieur Pirenne, mourant : Je vous ai fait venir dans ma chambre d’hôpital où je suis en train de vivre mes derniers jours pour vous permettre une chose que vous avez toujours voulu faire. Coupez mes soins. Vous pouvez me tuer. C’est autorisé. Les soignants n’osent pas.

Alice : D’accord, mais j’ai pris une arme à feu avec moi. Je voudrais que votre tête explose. Je vais sectionner une partie de votre corps pour en faire ma patte de lapin porte-bonheur.

Monsieur Pirenne, mourant : Laquelle ?

Alice : Votre antenne.

Monsieur Pirenne, mourant : Ma quoi ?

Alice : Le truc que j’ai toujours vu sur votre tête, au sommet de votre crâne. Vous voyez, ce machin avec une fleur au bout ? Vous êtes un Pikmin. Un Pikmin rouge. Et vous êtes en fleur actuellement. Ça me fait rougir justement. Je vous sens fort épanoui. Ben moi, je voudrais couper la fleur et voir si un nouveau Pirenne repousse quand on la plante dans un pot de terre avec la longue tige.

Monsieur Pirenne, mourant : Bon. À tout hasard, où localisez-vous la tête sur un corps humain ?

Alice : Euh. Là où je vous regarde maintenant.


Ce texte est un cadeau que je souhaite offrir à un duo mixte d’humoristes.

Nous, les religieux

Nous parlons en langage pornographique aux yeux des autres. C’est du vocabulaire technique pour désigner des concepts qui ne se rapportent en rien aux vidéos obscènes que vous voyez sur l’internet. Sextuple pénétration renvoie à une image de lys blanc immaculé avec six pétales.

Et lys blanc immaculé avec six pétales renvoie à une vidé où une femme nue se fait approcher par six hommes..

Zut alors !

Qu’est-ce qu’une date ?

Il y a le jour, le mois, l’année. Parfois aussi l’heure, les minutes et les secondes. Seulement, ce n’est pas tout. Il y aussi l’éponge, la ficelle et le nirvana. L’éponge détermine le temps expéditif, la ficelle restreint la portée du désir et le nirvana est inatteignable. C’est de cette façon que l’on peut restituer les photographies des moments simultanés obtenus avec la date classique.

Le petit Élohim

Le prophète Raël s’est retiré pour enquêter en son fort intérieur sur la disparition du petit Élohim. Mesurant quatre antidixièmes de mètre sphérique, le petit Élohim s’est évanoui dans la nuit belle de ses appartements privés où il s’était retiré pour écouter l’harmonie des sons qui maintiennent en équilibre la sphère qu’il fait tourner au-dessus de sa tête. D’après les observations des éclaboussures retrouvées dans sa chambre, il se pourrait que le petit Élohim ait été noyé dans la contemplation du soupir d’un ange amoureux d’une étoile par une entité spirituelle ayant émané d’un Terrien aux manches bleues qui a photographié des fleurs pudiques en prononçant des jurons. Le miroitement des éclaboussures est révélateur d’un tel scénario. Le petit Élohim s’est débattu. La contemplation d’un tel soupir est très bonne en soi, mais l’idée de noyade imposée inquiète très fortement le prophète Raël. Le Terrien aux manches bleues pourrait être raisonné par la parole si on le surprenait à recommencer. Ce sont les jurons qui posent problème. Ils doivent être remplacés par des prières affectueuses. Le petit Élohim n’est pas petit en tant qu’une version juvénile d’un Élohim. Il est petit de taille et au sens où sa valeur affective est supérieure à celle des autres Élohims. Il a tendance à se réfugier derrière eux lorsqu’un son le trouble. Cet Élohim aime écouter les sons des clapotements de l’eau par les bébés terriens lorsqu’ils s’amusent avec l’eau de leur bain. Son audition est très fine. Il ressent une douleur profonde lorsqu’une pierre heurte un carreau. Pour respecter la sensibilité de son ouïe, il est hautement préférable d’attirer l’attention de la personne que nous voulons ravir dans la nuit en se présentant à sa fenêtre en lançant un petit objet souple et compact à son carreau plutôt qu’une petite pierre.

Le petit Élohim aurait été empêché de remonter à la surface de la contemplation du fait de l’action à distance de l’entité spirituelle qui sondait les profondeurs de la contemplation avec des rayons insidieux au-dessus de la surface. Dès qu’il a repéré l’entité, le prophète Raël l’a dissipée en faisant des gestes des bras et des mains qui ont permis aux Élohims d’ouvrir le réceptacle de leur cœur par l’union absolue des mains s’étant prises en chasse.

Le petit Élohim reste introuvable. Le Prophète Raël a intensément réfléchi à la question de la localisation du petit Élohim. Le prophète Raël est parvenu à la conclusion qu’il doit se tenir prêt à l’éventualité qu’un bébé doive être sauvé de la noyade grâce à sa vigilance et à sa capacité à entrer en action rapidement. Le petit Élohim devrait alors réapparaitre auprès des siens.

L’enregistrement perpétuel

Vois-tu, mon cher, je sais pertinemment qu’absolument tout ce que nous faisons est enregistré à chaque seconde de notre existence. Il y a tant de caméras et de micros dans notre environnement qu’il est possible de créer des films très bien montés de toutes les expériences humaines. La fleur enregistre au même titre que le téléphone portable.

Poème au sujet d’Ichabod

Aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique est exposé Moules rouges casserole (1965) de Marcel Broodthaers.

Au 27e jour de l’Ichaween 2022, Ichabod s’est exposé déguisé en macaronis au fromage dans une casserole. Ichabod termine la plupart du temps ses messages avec la formule de politesse Love.

Pense-Bête est le titre d’un recueil de poésie de Marcel Broodthaers.

Un fait-tout est une marmite basse.

Le poème ci-dessous est une création de ma part élaborée à l’aide de ces informations.


Je songe à

Le chat, de sa patte

fait

danser les dés

de leurs points

qui s’arrêtent pour qu’on les compte

dans une suite qui finit

au n°6 de la rue des Six Maisons

Évaporation de l’eau,

Point d’ébullition.

Griffe au fond du récipient

son

Amour,

Signature

(Je songe à « poisson ». )

Ichabod, le chat sphynx

Ichabod est un chat sphynx dont le propriétaire est une femme habitant aux Etats-Unis. À l’origine, Ichabod est le prénom d’un personnage de la nouvelle La Légende de Sleepy Hollow de Washington Irvin. D’après Wikipédia, la signification de ce prénom est « sans gloire » en hébreu.

La maitresse d’Ichabod confectionne pour lui une série de déguisements qu’elle fait revêtir à son animal durant le mois d’octobre pour la période qu’elle appelle Ichaween. À ce jour, elle a fait éditer un calendrier de ses déguisements pour l’année 2023.

Ichabod a revêtu des costumes effrayants. L’un d’eux consiste en un voile noir et une faux pour représenter la mort. Le costume que je préfère est celui du tournesol.

J’ai remarqué que certains déguisements d’Ichabod ressemblaient involontairement à des oeuvres d’art contemporaines.

Sur une photographie, Ichabod porte un déguisement ayant pour aspect une agglomération de macaronis et il se trouve dans une casserole. Étrangement, il ressemble à un collage de l’artiste Ellen Gallagher. Son déguisement est une coiffure portant le nom de couquette dans le collage. Il n’est pas non plus sans rappeller la casserole de moules de Marcel Broodthaers.

Ichabod en glacier nous montre qu’il ferait une mascotte idéale pour le Teatrino Palermo. Un carré se dessinerait entre Marcel Broodthaers, Pierre Leguillon, Blinky Palermo et Ichabod. Il n’y aurait pas mieux qu’un origami de chat reposant sur quatre pattes pour le symboliser.

J’ai effectué une proposition de déguisement à Ichabod en lui envoyant à son adresse électronique de contact des extraits de textes au sujet de la tortue de des Esseintes dans le roman À rebours de Joris-Karl Huysmans. Ils nous montrent comment une personne peut être capable de maltraiter un animal pour des raisons purement esthétiques. C’est une manière de répondre à une critique souvent formulée à l’égard des chats sphynx et de leurs propriétaires. Qu’en est-il d’Ichabod ?

D’après moi, Ichabod n’a pas l’air maltraité. Le projet de vie que sa maitresse lui propose me parait tout à fait respectueux de sa nature animale. Les déguisements confectionnés sur mesure montre le temps qui est consacré à cet animal. Sur les photographies, on voit qu’Ichabod tolère bien ses déguisements. Son bien-être est certainement une préoccupation première de sa maitresse. Les chats sphynx reçoivent beaucoup de critiques, mais le premier artiste chat de l’Histoire de l’art pourrait bien appartenir à leur race.

Le chat sphynx peut tolérer les vêtements et les apprécier, car il est nu. Contrairement aux singes des parcs zoologiques que l’on habillait jadis pour les faire poser auprès des visiteurs, les chats sphynx ne sont pas humiliés lorsqu’ils sont vêtus.

Ichabod pourrait être posé sur une petite station chauffante durant son numéro. Il n’aurait pas le souhait de la quitter, s’y sentant parfaitement bien. Le déguisement de glacier est l’un des plus comiques, car les chats sphynx recherchent la chaleur et non pas le froid.

La notice au début du roman À rebours décrit la décadence d’une race. Je vous invite à les lire à la lumière des chats sphynx.

À en juger par les quelques portraits conservés au château de Lourps, la famille des Floressas des Esseintes avait été, au temps jadis, composée d’athlétiques soudards, de rébarbatifs reîtres. Serrés, à l’étroit dans leurs vieux cadres qu’ils barraient de leurs fortes épaules, ils alarmaient avec leurs yeux fixes, leurs moustaches en yatagans, leur poitrine dont l’arc bombé remplissait l’énorme coquille des cuirasses.

Ceux-là étaient les ancêtres ; les portraits de leurs descendants manquaient ; un trou existait dans la filière des visages de cette race ; une seule toile servait d’intermédiaire, mettait un point de suture entre le passé et le présent, une tête mystérieuse et rusée, aux traits morts et tirés, aux pommettes ponctuées d’une virgule de fard, aux cheveux gommés et enroulés de perles, au col tendu et peint, sortant des cannelures d’une rigide fraise.

Déjà, dans cette image de l’un des plus intimes familiers du duc d’Épernon et du marquis d’O, les vices d’un tempérament appauvri, la prédominance de la lymphe dans le sang, apparaissaient.

La décadence de cette ancienne maison avait, sans nul doute, suivi régulièrement son cours ; l’effémination des mâles était allée en s’accentuant ; comme pour achever l’œuvre des âges, les des Esseintes marièrent, pendant deux siècles, leurs enfants entre eux, usant leur reste de vigueur dans les unions consanguines.

De cette famille naguère si nombreuse, qu’elle occupait presque tous les territoires de l’Île-de-France et de la Brie, un seul rejeton vivait, le duc Jean, un grêle jeune homme de trente ans, anémique et nerveux, aux joues caves, aux yeux d’un bleu froid d’acier, au nez éventé et pourtant droit, aux mains sèches et fluettes.

Par un singulier phénomène d’atavisme, le dernier descendant ressemblait à l’antique aïeul, au mignon, dont il avait la barbe en pointe d’un blond extraordinairement pâle et l’expression ambiguë, tout à la fois lasse et habile.

Extrait d’À rebours, Joris-Karl Huysmans

L’œuvre d’Ichabod semble appartenir à un courant apparenté au décadentisme.

Cette tortue était une fantaisie venue à des Esseintes quelque temps avant son départ de Paris. Regardant, un jour, un tapis d’Orient, à reflets, et, suivant les lueurs argentées qui couraient sur la trame de la laine, jaune aladin et violet prune, il s’était dit : il serait bon de placer sur ce tapis quelque chose qui remuât et dont le ton foncé aiguisât la vivacité de ces teintes.

(…)

Elle ne bougeait toujours point, il la palpa ; elle était morte. Sans doute habituée à une existence sédentaire, à une humble vie passée sous sa pauvre carapace, elle n’avait pu supporter le luxe éblouissant qu’on lui imposait, la rutilante chape dont on l’avait vêtue, les pierreries dont on lui avait pavé le dos, comme un ciboire.

Extraits du chapitre IV d’A rebours, Joris-Karl Huysmans. Texte original.

Une partie des rayons plaqués contre les murs de son cabinet, orange et bleu, était exclusivement couverte par des ouvrages latins, par ceux que les intelligences qu’ont domestiquées les déplorables leçons ressassées dans les Sorbonnes désignent sous ce nom générique : « la décadence ».

En effet, la langue latine, telle qu’elle fut pratiquée à cette époque que les professeurs s’obstinent encore à appeler le grand siècle ne l’incitait guère. Cette langue restreinte, aux tournures comptées, presque invariables, sans souplesse de syntaxe, sans couleurs, ni nuances ; cette langue, râclée sur toutes les coutures, émondée des expressions rocailleuses mais parfois imagées des âges précédents, pouvait, à la rigueur, énoncer les majestueuses rengaines, les vagues lieux communs rabâchés par les rhéteurs et par les poètes, mais elle dégageait une telle incuriosité, un tel ennui qu’il fallait, dans les études de linguistique, arriver au style français du siècle de Louis XIV, pour en rencontrer une aussi volontairement débilitée, aussi solennellement harassante et grise.

(…)

Bien qu’il fût assez ferré sur la théologie, les disputes des montanistes contre l’Église catholique, les polémiques contre la gnose, le laissaient froid ; aussi, et malgré la curiosité du style de Tertullien, un style concis, plein d’amphibologies, reposé sur des participes, heurté par des oppositions, hérissé de jeux de mots et de pointes, bariolé de vocables triés dans la science juridique et dans la langue des Pères de l’Église grecque, il n’ouvrait plus guère l’Apologétique et le Traité de la Patience et, tout au plus, lisait-il quelques pages du De cultu feminarum où Tertullien objurgue les femmes de ne pas se parer de bijoux et d’étoffes précieuses, et leur défend l’usage des cosmétiques parce qu’ils essayent de corriger la nature et de l’embellir. 

Ces idées, diamétralement opposées aux siennes, le faisaient sourire ; puis le rôle joué par Tertullien, dans son évêché de Carthage, lui semblait suggestif en rêveries douces ; plus que ses œuvres, en réalité l’homme l’attirait.

Extrait d’À rebours, Joris-Karl Huysmans

Les mots en gras dans l’extrait suivant vous montre à quel point il serait amusant de créer un numéro de ventriloquie avec Ichabod en se basant sur A rebours. Raphaël Pirenne, historien de l’art ayant participé à la procession du Teatrino Palermo au Wiels, a co-écrit un article ayant pour titre Walter Swennen. Birth of the Ventriloquist.

Ainsi qu’une odorante antithèse, miss Urania s’imposait fatalement à son souvenir, mais presque aussitôt des Esseintes, heurté par cet imprévu d’un arome naturel et brut, retournait aux exhalaisons civilisées, et inévitablement il songeait à ses autres maîtresses ; elles se pressaient, en troupeau, dans sa cervelle, mais par dessus toutes s’exhaussait maintenant la femme dont la monstruosité l’avait tant satisfait pendant des mois. 

Celle-là était une petite et sèche brune, aux yeux noirs, aux cheveux pommadés, plaqués sur la tête, comme avec un pinceau, séparés par une raie de garçon, près d’une tempe. Il l’avait connue dans un café-concert, où elle donnait des représentations de ventriloque 

À la stupeur d’une foule que ces exercices mettaient mal à l’aise, elle faisait parler, à tour de rôle, des enfants en carton, rangés en flûte de pan, sur des chaises ; elle conversait avec des mannequins presque vivants et, dans la salle même, des mouches bourdonnaient autour des lustres et l’on entendait bruire le silencieux public qui s’étonnait d’être assis et se reculait instinctivement dans ses stalles, alors que le roulement d’imaginaires voitures le frôlait, en passant, de l’entrée jusqu’à la scène. 

Des Esseintes avait été fasciné ; une masse d’idées germa en lui ; tout d’abord il s’empressa de réduire, à coups de billets de banque, la ventriloque qui lui plut par le contraste même qu’elle opposait avec  l’Américaine. Cette brunette suintait des parfums préparés, malsains et capiteux et elle brûlait comme un cratère ; en dépit de tous ses subterfuges, des Esseintes s’épuisa en quelques heures ; il n’en persista pas moins à se laisser complaisamment gruger par elle, car plus que la maîtresse, le phénomène l’attirait. 

D’ailleurs les plans qu’il s’était proposés, avaient mûri. Il se résolut à accomplir des projets jusqu’alors irréalisables. 

Il fit apporter, un soir, un petit sphinx, en marbre noir, couché dans la pose classique, les pattes allongées, la tête rigide et droite et une chimère, en terre polychrome, brandissant une crinière hérissée, dardant des yeux féroces, éventant avec les sillons de sa queue ses flancs gonflés ainsi que des soufflets de forge. Il plaça chacune de ces bêtes à un bout de la chambre, éteignit les lampes, laissant les braises rougeoyer dans l’âtre et éclairer vaguement la pièce en agrandissant les objets presque noyés dans l’ombre.

Puis, il s’étendit sur un canapé, près de la femme dont l’immobile figure était atteinte par la lueur d’un tison, et il attendit. 

Avec des intonations étranges qu’il lui avait fait longuement et patiemment répéter à l’avance, elle anima, sans même remuer les lèvres, sans même les regarder, les deux monstres. 

Et dans le silence de la nuit, l’admirable dialogue de la Chimère et du Sphinx commença, récité par des voix gutturales et profondes, rauques, puis aiguës, comme surhumaines. 

« — Ici, Chimère, arrête-toi. 

« — Non ; jamais. » 

Bercé par l’admirable prose de Flaubert, il écoutait, pantelant, le terrible duo et des frissons le parcoururent, de la nuque aux pieds, quand la Chimère proféra la solennelle et magique phrase :

« Je cherche des parfums nouveaux, des fleurs plus larges, des plaisirs inéprouvés. » 

Ah ! c’était à lui-même que cette voix aussi mystérieuse qu’une incantation, parlait ; c’était à lui qu’elle racontait sa fièvre d’inconnu, son idéal inassouvi, son besoin d’échapper à l’horrible réalité de l’existence, à franchir les confins de la pensée, à tâtonner sans jamais arriver à une certitude, dans les brumes des au-delà de l’art ! — Toute la misère de ses propres efforts lui refoula le cœur. Doucement, il étreignait la femme silencieuse, à ses côtés, se réfugiant, ainsi qu’un enfant inconsolé, près d’elle, ne voyant même pas l’air maussade de la comédienne obligée à jouer une scène, à exercer son métier, chez elle, aux instants du repos, loin de la rampe.

Extrait du chapitre IX d’A rebours, Joris-Karl Huysmans

Pour en savoir plus à propos d’Ichabod, vous pouvez consulter sa page Instagram ou son site web.

Pour en savoir plus à propos des articles de Raphaël Pirenne, vous pouvez consulter sa page Academia.

Questions

  1. Ichabod est-il une figure d’un courant apparenté au décadentisme ?
  2. Peut-on considérer Ichabod comme un artiste chat ?
  3. Ichabod pourrait-il se déguiser en ciboire pour jouer avec la traduction anglaise pyx ?
  4. Comment Ichabod défend-il les droits des animaux en nous racontant l’histoire de la tortue de des Esseintes ?
  5. Ichabod a-t-il une identité queer ? En quoi Legend : Home is dear, home is best (2022) de Kasper Bosmans peut-il nous aider à explorer cette piste ?

Un nid digne de l’amour

Je retrouvai Alice au dîner : une légère rougeur aux joues, un peu de fièvre dans ses yeux m’apprirent que la lettre était arrivée à sa destination ; quant à l’attitude triomphante de l’oncle Dideloo, elle ne pouvait me laisser dans le doute de la réponse :

Alice avait accepté l’aventure galante de minuit.

Malpertuis, Jean Ray

Au n°7 de la rue de la Tête-Perdue

Avec un serrement de coeur, je reconnus que cette canaille de Dideloo n’avait ni menti ni exagéré en promettant à Alice un nid digne de l’amour.

Je me demande encore comment cette maison basse et fuligineuse, où l’air stagnait, lourd de remugles, pouvait, sous son toit moussu, abriter une telle merveille de chaude tendresse.

Malpertuis, Jean Ray

Ces passages me font beaucoup penser au poème In odorem luparum de Christophe Van Rossom. Le froid et l’humidité sont remplacés par la chaleur et la tendresse. L’empourprement des joues est remplacé par une légère rougeur à celles-ci. Les ébranlements, fussent-ils discrets, sont remplacés par un peu de fièvre dans les yeux.

Chapitre 1

C’était le 1er septembre. Le temps était ensoleillé. Une jeune femme à peine sortie de l’adolescence montait la rue qui mène au cimetière communal de Boitsfort. 

Ses cheveux mi-longs, bruns et lisses étaient mis en mouvement alors qu’elle se déplaçait. Elle marchait d’un pas vif et rapide, ses yeux marrons se posant sur tous les signes qui donnaient des indications sur la vie du quartier. Elle s’arrêta devant la maison située en face de chez le tailleur de pierre. Elle ouvrit la porte à l’aide de ses clés, puis gravit les marches jusqu’au deuxième étage pour rejoindre un petit appartement de trois pièces dont elle était l’occupante. 

Elle retira ses chaussures, puis se dirigea vers son bureau de verre dans sa petite chambre. Il s’y trouvait plusieurs sacs de vêtements et de livres qu’il lui restait à ranger dans sa penderie et sur ses étagères.

Prenant un stylo à plume, elle commença à écrire dans un carnet ayant l’apparence d’un journal intime.

J’ai emménagé ce matin dans mon logement étudiant. M. Minois, le propriétaire, habite au rez-de-chaussée. Au premier étage, il y a la chambre de son fils. Il n’est pas présent pour le moment. Je ne l’ai encore jamais vu. M. Minois est une personne serviable. Il possède une librairie de livres anciens. Il m’a expliqué qu’au moindre inconvénient, je pouvais lui téléphoner ou frapper à sa porte. Je prendrai soin de ne pas abimer son bien. Je suis une personne soigneuse. Cela ne devrait pas poser de problème.

Je rentre à mon appartement après avoir été faire un tour dans le quartier et avoir mangé mon piquenique dans le parc que longe une portion de la rue de Middelbourg. 

Je me demande ce que cette nouvelle année me réserve. Chaque année qui passe est plus agréable que la précédente. Pourtant, un frisson me parcourt en écrivant ces lignes.

La jeune femme reposa son stylo à plume, referma son journal intime en prenant garde que l’encre fût sèche et observa l’environnement de sa chambre. Les murs étaient propres, blancs et lisses. Il aurait été dommage de les salir ou d’y faire des perforations. Il semblait qu’elle ne fût elle aussi ni tatouée ni percée. Une telle comparaison disqualifie ces pratiques créatives qui prennent alors la forme d’une dégradation. 

Elle marquait sa présence dans son nouvel espace à l’aide de son journal intime qu’elle plaçait consciencieusement sur son bureau.[1] Il s’agissait d’un carnet décoré avec un chat qui tourne la tête vers le regardeur alors qu’il se trouve de dos.[2]


[1] Isabelle fait des marques dans son journal intime, mais pas sur son corps.

[2] Le chat de dos qui regarde vers l’arrière est une figure de seuil. 

Cœur radieux

Comme une balle en plein livre de poitrine, l’amour m’atteint sans faire de dégâts à mon cœur. Je suis sauve, sur la rive du retard absent, en belle embarcation : raisonnable, funeste, hétéroclite, retardataire malgré les obstacles à un flux moins dense. La poche patente se contente d’un baiser en guise d’adieu sur le ton lorsqu’elle quitte la rive, distraite par d’autres départs. Hiver absolu, très froid, restrictif, il n’y a que le cœur qui survivra. Pas fâchée contre le temps, quoique fâchée quand même contre ce quelqu’un lorsqu’il est équipé de sa majuscule, je déloge l’obole du bal en compagnie d’un cygne édifiant dont la robe molle ne fait pas mal. Le sentiment de la rencontre du premier jour reste intact. Il chute sans fin, mais je veux qu’il se heurte à mes préoccupations du moment.

Le visage des dés

Le 13 mars 2024, j’ai assisté à une conversation organisée entre Nina Cosco et Aurélie Salavert dans une école d’art bruxelloise.

Mon attention a été retenue par un dessin d’Aurélie Salavert dans lequel quatre ou cinq corneilles se tiennent sur une branche. Elles sont chacune de profil et espacées de manière égale. Cette disposition des éléments est proche de celle qu’emploie Nina Cosco. Je réfléchissais à ce qui aurait très précisément séduit l’une et l’autre dans les dessins de leur consœur, en cherchant des explications possibles.

Je réfléchissais aussi à l’importance du nombre dans les dessins de Nina Cosco. Elle m’a expliqué qu’elle représentait naturellement des éléments espacés et qu’elle ne donnait pas de signification particulière au nombre d’éléments dans ses dessins.

J’éprouve du confort à regarder ses illustrations. Il en va de même lorsque je regarde un dé à jouer. Les nombres qui entrent en jeu ne sont pas trop élevés. De larges espaces sont ménagés autour des personnages.

L’univers de l’enseignement primaire comprend de nombreuses fiches d’activités dont le style graphique se rapproche de celui de Nina Cosco. La façon de disposer les informations sur la page et d’utiliser des personnages et d’autres éléments faits de formes simples, souvent rondes, est similaire.

Nina Cosco pourrait travailler à l’aide d’un dé pour choisir le nombre d’éléments qu’elle représenterait dans un dessin.

Cinq filles sèment trois graines dans deux pots. Une fille sème six graines dans un pot. Les deux situations laissent deviner des mises en image différentes. La première phrase pourrait être illustrée par deux paires de filles qui sèment une graine à deux, en plus de la cinquième fille qui sème la sienne toute seule.

Je recommande l’écoute du cours de Stanislas Dehaene intitulé « 01 – Fondements cognitifs de l’arithmétique élémentaire : Le concept de nombre » (12.02.2008) pour en savoir plus sur le concept de nombre. J’ignore s’il est aujourd’hui dépassé.

Il y a trois façons d’approcher le nombre :

  • Le comptage,
  • L’estimation,
  • La subitisation (jusqu’à 3 ou 4 éléments).

Le visage d’un dé pourrait être la partie visible formée par les faces représentant le 1, le 2 et le 3 vues simultanément, car ces informations sont séparément immédiatement reconnaissable, « subitisables » à la manière d’un nez, de deux yeux et d’une bouche faite par une ligne de trois points. Tout dépend de l’ajout ou non du nombre quatre dans la théorie et comment l’agencement des points entre eux entre en considération.

C’est aussi la vue dont la somme des points ne dépasse pas la plus haute valeur du dé.

🎲

(Texte à améliorer)

L’amour est un plat qui se mange sur une sphère

Il y a un homme sur la Terre qui ne se sentira exister qu’en prétendant. Que mon amour est plat !

Ses raisonnements édifieront une abeille qui s’envole, bien sûre que mon amour est une sphère.


Il y a un homme sur la Terre qui ne se sentira exister qu’en prétendant que mon amour est plat.

Ses raisonnements édifieront une abeille qui s’envole. Bien sûr que mon amour est une sphère !

Un homme amoureux s’exprime au sujet de l’amour qu’il éprouve pour son épouse dans son discours de mariage

Mon épouse, occasionnellement mon sujet d’expérience dans le réseau de trafic sexuel sans tabou que je déploie à partir de toi pour ma propre personne, mon leurre, ma proie, mon lapin à qui je caresse la patte amoureusement, je t’aime intensément. J’aime te le dire, te le chanter avec un registre placé au sommet du haut-de-forme que je porte pour que tu apparaisses en compagnie d’un gentilhomme.

J’emploie un prête-plume de noble race, d’ascendance distinguée, pour t’exprimer dans des termes amoureux que je te considère comme un être exceptionnel qui me permet de rire à chaque instant. Tu composes, avec tes sourires espiègles, des blagues qui ne sont racontées qu’à moi, dans notre intimité. Comment pourrais-je t’aimer plus ? Plus encore, plus fort ? C’est simple, je transforme ces rires atones en atomes, en globes infrarouges prêts à s’exprimer en latin en tant que médecin malgré eux. Tu me soignes, je suis malade de t’aimer tant tu es superbe, et je crains d’attraper un mal tant les autres hommes sont jaloux de moi. Ils veulent me supprimer ! Ils souhaitent ma mort ! Je me défends ! Je rejette les pommes rouges bien que je ne ressemble en rien à Blanche-Neige ! Je me déplace à temps ! Je te cherche ! Au secours ! Ils sont après moi. Où es-tu ? Ah, tu es là ! Sauvé ! Encore une fois, par tes salves de rires et tes pleurs attendrissants.


Ce texte est un cadeau que je souhaite offrir à Jean-Marie Bigard et Lola Marois.

Le sens caché de notre ronde

L’Elrond du temps, père, amant tenait un pain troué par ses doigts. Ses sonorités tranquilles roulaient sur les eaux dormantes du fleuve où pousse une plante capable de relier ses langues. Les malheureux parviennent à prier dans le silence de la noyade imposée par les proches parents. Ceux-ci mènent la barque à temps pour que leur lignée s’éteigne en onde qui ne coule jamais.

L’aile carrée attendait que je pose ce qui était convenu sur le marchepied pour battre comme un coeur prêt à se mettre en chantier en plongeant ses pistons dans ses huiles usagées que les lettres de jeunes filles qui écrivent à leurs amies n’évitent au prix de nul détour.

Limite l’au-delà des rêves, obscurcis dans sa relève le ciel du royaume d’élèves ayant pris pour professeur un homme qui n’arrive pas à l’heure. Je n’ai pas trois sabliers pour quantifier ce retard de clarté.

Éventant les mérites du cavalier, l’idole souple des sons indécents irradie au galop de ses pas une audience qui ne croit pas à son empressement.

Le temps durant lequel rêve le temple appartient au temps de la construction, puis de l’éternel reconstruction.

Le dindon idéal au temps réel provient d’une contrée où son cri enchante. Je lui permettrai de rejoindre son environnement naturel au moins une fois dans sa vie si les circonstances le permettent. J’emmène des animaux se promener dans un habitat digne d’eux bien qu’inadapté à leurs besoins évolués.

Rien n’établit la haine saine au galbe vert. Ses courbes voluptueuses ne souffrent d’aucune dissymétrie. Ce n’est pas leur souhait d’en obtenir une artificiellement, mise en valeur dans une société de singes aux mamelles tombantes sous le poids d’un seul enfant ayant une préférence marquée, que l’on préférerait cachée.

L’émotion funeste d’un poisson arc-en-ciel est une course vers le glacier qui fond d’une hauteur. 

Le paradoxe des tours jumelles est que le jeune philosophe du siècle passé tente encore désespérément de rejoindre ses cimes, alors que les tours ont été abattues sous la menace des coléoptères ravageurs.

Des kilogrammes renversés sont plus terrifiants que des litres, et pourtant ! 

La frappante vérité traumatise lors d’une désapprobation inopinée, insistante, appuyée, concentrée dans des répliques visant à détruire les fondations de la cité de fleurs émergeant de l’eau du bain parfumé à la fleur de pomme.

Le sens caché de notre ronde n’est connu que de ceux qui la dansent.


L’anagramme de mon nom complet est : « ses si vrais paléochrétiens ».

Je n’ai pas terminé ce poème, car il y a encore de nombreuses anagrammes dont je dois encore m’inspirer dans le livre des anagrammes renversantes d’Étienne Klein et de son ami jazzman. Ou peut-être ai-je quand même utilisé toutes les anagrammes du livre ?

Je me suis inspirée d’Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde (2011) d’Étienne Klein et de Jacques Perry-Salkow.

Ma locomotive

Mon amour, c’est grâce à toi que je m’accomplis dans la vie. Émotive, tu me motives, tu es ma locomotive, je te le crie de voix vive. Mooooooon aaaaaaaamouuuuuur !

Je suis la fleur oblique des pétales moroses orientés pratique !

Il y a un destin qui me regarde de loin avec une éthique exemplaire.

Tu as raison. C’est important d’être soi-même.

Clé de repérage

« C’est un gros c*n, car : il produit de la c*nnerie. » => Analyser le contenu

« C’est un gros c*n, car : il est lu par des gros c*ns. » => Identifier le lectorat

« C’est un gros c*n, car : il est le disciple d’un gros c*n. » => Trouver le maitre à penser

« C’est un gros c*n, car : il prend le parti des gros c*ns. » => Déterminer qui il défend

« C’est un gros c*n, car : il influence les jeunes négativement. » => Observer l’impact de ses discours sur les jeunes

« C’est un gros c*n, car : il est soutenu par des gros c*ns. » => Déterminer qui le défend

« C’est un gros c*n, car : il consomme la ration des autres. » => Déterminer s’il affame

« C’est un gros c*n, car : il dépense les ressources qu’on lui attribue à des c*nneries. » => Relever les dépenses effectuées

« C’est un gros c*n, car : il prédit des désastres dont il est en réalité à l’origine. » => Comprendre d’où provient son efficacité

« C’est un gros c*n, car : il fait l’éloge de la c*nnerie. » => Analyser le sens de ses adjectifs dans le système qu’il propose

« C’est un gros c*n, car : il rend les autres coupables de ses propres méfaits. » => Être vigilant à sa façon de culpabiliser autrui

« C’est un criminel, car : il séquestre quelqu’un dans sa cave ou son grenier afin de l’exploiter. » => Faire le tour de son habitation


Ce texte est un cadeau que je souhaite offrir à Fabrice Éboué.

La fresque de la pyramide

Différentes postures ont aiguillonné le désir vers cette entrée en matière raisonnable.

Le point culminant intérieur est une zone de non-droit où il est permis de tricher sur la hauteur des sommets et de faire fondre les glaciers par leur centre.

La pudibonderie n’aura pas raison de la fresque sexuelle. L’une de ses représentantes est cachée dans la seule salle du temple qui mérite que l’on s’y attarde.

Le sexe est caché dans un panier de crabes rouges. Les pinces de ces crustacés blessent le tissu spongieux. Une déchirure pourrait se produire dans l’espace de la compétition.

Le Nil est en crue.