Alice Rosa Stéphanie Vissers

Poétesse blogueuse blagueuse à la bogue et à la bague en vogue sur les vagues et peintre

Alice Rosa Stéphanie Vissers est née le 22 mai 1997. Sa nationalité est belge. Elle est tournée vers son monde intérieur.

Il n’est plus possible qu’un poisson se glisse entre les pieds de mon enfant alors qu’il explore le ruisseau sous mes yeux avertis du bonheur par les miroitements de l’eau d’été, qu’un autre le pourchasse, puis encore un autre, qu’une rivière de poissons choisisse les repères que mon enfant leur a admirablement proposés pour devenir ensemble une anguille que ces poissons d’une autre espèce étudient à leur manière. Ponyo pouffe de rire en regardant le spectacle causé par mon petit garçon. Il aimerait pouvoir lever un pied, mais il a peur de perturber ce qui est désormais un phénomène ichthyique.

Ichthyique ! Piscifère ! Piscicole ! Les trois termes peuvent s’appliquer à ce retour à des eaux populeuses autour desquelles des foules de feuilles s’agitent afin d’ajouter du bruit au cortège des dieux poissons qui sortent de l’eau pendant que des animaux se désaltèrent avec grâce sur les rives naturelles.

Ponyo m’accompagne souvent lorsque je passe de la mer aux cours d’eau. Le gout du sel nous fait grimacer lorsque la salière choit dans le bol de nouille par un concours de circonstances hautement improbable que l’on a été capable de ne pas remarquer. Les eaux sont polluées par des grains qui ne sont pas du pollen, des fluides qui ne sont pas de l’eau propre, des objets qui ne sont pas des poissons vivants capables de s’y sentir heureux.

Je suis saccagée par ces hordes de singes qui nettoient leur linge dans mes méandres les plus précieux. Mes populations, nombreuses et désireuses de s’accroitre sans me surpeupler, attendent que des enfants innocents aillent à leur rencontre. Eux, jamais, ne déverserons des cuves de mort dans ces aires de jeu qu’ils respectent.

Dans un méandre du temps, j’ai enfanté d’un enfant. Il est heureux là où je l’ai caché. Dans un méandre du temps, toi aussi, tu en possèdes un. Cet enfant est heureux là où nous l’avons caché.

Un être qui souffre a besoin d’une réponse scientifique qu’un enfant peut parfois lui donner du haut de ses trois ans alors qu’un adulte se tue à lui expliquer qu’il faut qu’il retourne faire ses devoirs, bien qu’il n’ait, comme je l’ai écrit, que trois ans. Trois ans est une durée intéressante pour étudier un animal que l’on a découvert sous la forme d’une peluche. Lorsqu’il était bébé, le contact avec la peluche poisson était écailleux. Elle s’appelait Arc-en-ciel, elle possédait une écaille irisée qu’il repérait du premier coup à chacune des pages de son livre jeunesse. Il était plus curieux de ses couleurs que de celles des yeux de sa maman. Le petit enfant considérait cette partie de l’anatomie de sa peluche comme un oeil bienveillant qui venait toujours après la pluie, les larmes, les siennes ou celles de sa maman.

Il se sentait très aimé dans les bras de sa maman, mais il était un peu triste de devoir laisser son poisson dans le lit à barreaux de bois clair pour pouvoir être porté. Il n’y avait pas de place parmi les formes de sa maman pour que sa peluche puisse être gardée avec facilité. La fente de ses seins ne pouvait décemment recevoir le poisson. Le bébé se mit à pleurer.

Sa maman comprit quel était le souci causé à son enfant. Elle savait qu’il fallait qu’Arc-en-ciel se sente aussi protégé que son bébé alors qu’elle les tiendrait tous les deux dans ses bras. Son enfant savait qu’elle risquait de le laisser tomber sans y prêter attention, et il savait aussi que lui même n’était pas apte à le tenir dans sa petite main bien qu’il connaissait très bien le mot « agripper ». Elle alla chercher le filet du bac à linges pour y poser à l’intérieur son enfant avec sa peluche. L’enfant était émerveillé par ce système ingénieux permettant à tous les deux d’être déplacés ensemble. Il riait, il était heureux. Sa maman apporta le résultat de sa pêche à Papa. Il était très content qu’un repas de fête puisse être préparé en ce jour ordinaire durant lequel il avait été inquiété par de menues affaires sans importance. Il travaillait beaucoup, énormément, pour que son épouse et son fils puissent vivre dans une bulle de bonheur dont lui seul connaissait le mécanisme déclenchant l’ouverture d’une entrée secrète, sans la faire éclater, dans un concert de bulles savonneuses aux irisations fascinantes.

Une unité familiale est un temps partagé par quelques personnes qui habitent ensemble.

« Papa et Maman » est une association de mots qui me procurent un bonheur intense. J’ignore si je pourrai un jour les prononcer dans le contexte qui les appellent. Je ne me disperserais pas. Je ne penserais pas à la localisation de mon enfant au détriment de ma relation avec mon époux. Je saurais où il se trouve et s’il est heureux. Une action menée dans sa direction ne serait pas nécessaire. Je connaitrais ma localisation.

J’aimerais être aussi japonaise que Sakura, aussi farceuse que Ponyo, aussi douée que Mlle Madeleine.

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