Il n’y avait pas beaucoup de lumière dans cet endroit. D’après la brochure, l’exposition interactive est prévue pour les enfants, les adolescents et les (jeunes) adultes. Ce dimanche après-midi, la salle d’exposition ressemblait à une aire de jeux idiots. J’ai pensé à mon fiancé et à la réaction que nous aurions dû avoir si nous avions emmené notre enfant à cette exposition temporaire.
Je souhaite que l’éducation que nous aurions donné à notre enfant l’aurait détourné de cette zone du Musée des Sciences Naturelles. Il n’aurait pas eu une manifestation de peur face aux autres enfants qui appuient sur les boutons, touchent les écrans et se pressent d’un côté à l’autre de la salle compartimentée. « Il n’a pas peur de la faune microbienne de cet environnement. » dirais-je avec précaution en désignant les autres enfants et les germes qu’ils déposent par cette formule méprisante.
J’ai beaucoup aimé me rendre au Musée des Sciences Naturelles lorsque j’étais enfant. Mon plus beau souvenir est une vidéo dans laquelle un hibou ou une chouette mange une souris dans la nuit après l’avoir chassée. Il s’agissait d’un très-court-métrage d’animation, et non de prises de vue. Je suis venue plusieurs fois au Musée en me dirigeant avec joie dans la petite pièce munie de rideaux pour revoir le film. C’est un souvenir plus pur que mon enthousiasme pour le cinéma 4D Bob L’éponge de Walibi. Joie ! J’aime beaucoup Bob l’éponge, mais je pense que j’ai exagéré au cours de ma vie à son sujet. Ce n’est pas un mode de vie sain que de regarder la télévision durant des après-midis entiers à regarder ses épisodes, même si on les a déjà vus et que l’on est déçu que la chaine de télévision n’en possède pas de nouveaux ou ne souhaite pas les diffuser.
Lorsque j’étais enfant, j’ai recherché sur l’internet des images sur la sexualité des personnages de dessins animés. J’étais très triste que le monde soit si sale. J’aimais le monde émergé de ces séries de dessins animés. J’avais peur de toutes ces personnes qui dessinent de la pornographie en dénaturant des personnages de fiction travaillés, non lisses et propres, mais rugueux contre toutes les apparences. Les Simpson ont beaucoup évolué. Les premières saisons étaient moches. Il suffit de voir les suivantes pour le comprendre. Je voyais bien que les Simpson de mes recherches n’étaient pas la création des auteurs de la série. Pas ceux qui ont travaillé dans les studios de création qui ont produit les dessins animés que j’aime et les ont toujours respectés. Ce ne sont pas quelques Gaston et Mlle Jeanne qui sont intimes qui me feront peur. André Franquin n’a jamais sali son personnage. Quand j’ai appris que Bastien Vivès avait dessiné des bandes dessinées pornographiques, j’ai été spontanément heureuse. J’étais rassurée que cet auteur qui me paraissait valeureux d’après les quelques interviews que j’avais regardées de lui ait créé des bandes dessinées pornographiques (tout court) avec son style unique. Il n’a jamais dessiné un Simpson dégoutant qui baise sa fille. Il pourrait dessiner un Simpson qui baise sa fille avec son style.
Le style est la façon particulière dont on exprime sa pensée. C’est aussi un terme de botanique. Je suis sûre que Bastien Vivès est capable de dessiner une superbe image sur ce thème. J’apprécie Bastien Vivès. J’ai confiance en lui pour évacuer la (fausse ?) polémique qui le concerne. Mais si son Simpson est dégoutant, j’irai signer des pétitions pour qu’on le décapite !
Je n’aime pas la partie immergée des images. Je me suis demandée si c’était l’autre moitié de notre humanité, voire le vrai tout.
Il y a des personnes qui ne sont pas malades qui passent leur vie à chercher à corrompre des mineurs. Il faut les identifier et les mettre hors d’état de nuire. Mais attention, il faut raisonner. Il faut mettre à l’épreuve les auteurs qui dérapent en leur donnant des défis pour les remettre dans le droit chemin. Peut-être ne l’ont-il jamais quitté ?
Je souhaite que le monde me permette de protéger mes enfants de tout cela. Je vous laisse le droit d’exposer vos enfants différemment à ces sources en vous faisant confiance sur votre capacité à expliquer certaines images, à les montrer avant que vos enfants ne les voient seuls et démunis. Notre professeur d’Histoire nous avait raconté avec humour que l’iconographie égyptienne comportait des représentations sexuelles où les sexes étaient démesurés. Démesurés ! Ils explosaient ! Le Nil était recouvert d’une pellicule de sang et de sperme que des femmes en barque vêtues de voiles blancs nettoyaient. Je vous demande d’aller vérifier ce que j’avance à votre manière. Faut-il demander à papa, à maman ce qu’il en retourne ou est-il préférable de chercher par soi-même à satisfaire sa curiosité tout en douceur ?
Il y avait un adulte qui semblait véritablement apporter des explications à ses enfants en s’appuyant sur les panneaux. Je n’ai pas compris comment il y parvenait.
Le défi lancé à Bastien Vivès au travers de ce texte doit se considérer localement. Il serait vain de rechercher des dessins de cet auteur de bandes dessinées mettant en scène des Simpson dans des situations obscènes ou pornographiques. C’est une façon de piéger les fouineurs. Quand bien même en existerait-il, ce n’est pas l’angle de vue à adopter. Ce texte permet de considérer, pour un temps et pour un auteur, que la représentation de deux personnages de dessin animé dans une situation particulière est un interdit. Le mot « baiser » m’a paru intéressant pour sa polysémie. Le dessin que pourrait faire Bastien Vivès, respectueux et subtil, aurait une grande valeur symbolique. Ensuite, cet auteur pourrait dépasser ce dessin et choisir de reprendre ou non sa ligne artistique. Le défi lui aurait permis, de toute manière, d’évoluer. Une réponse à ce défi sous la forme d’un dessin niais et stupide équivaudrait à une condamnation morale aussi bien qu’un dessin obscène ou pornographique.
