Le balcon de ma boite aux lettres

L’espiègle jeune femme se sourit à la surface de l’eau contenue dans un seau. Elle aime chercher où se trouve son professeur en découvrant des énigmes dans son environnement. Elle prend plaisir à glisser dans les traces qu’il crée ses petites pattes avant, puisqu’elle se déplace sur les mains pour suivre cet homme mystérieux qu’elle respecte et aime.

J’efface les mots du poète. Ma correspondance est immense tant je la détruis et je la recrée en pensées qui fleurissent sur le balcon de ma boite aux lettres. Je reçois des lettres écrites avec des plumes de grive musicienne que l’on glisse dans l’enveloppe pour me prouver que cet oiseau est généreux. Il m’autorise à entrer dans la bassine où il s’ébroue. Mes doigts courent en quête d’aventure au fond de l’eau fraiche que je ne goute que par perles lorsqu’il s’en éparpille durant son envol.

La mort de l’étoile

Je suis l’Etoile Solitaire. Je fonderai une famille à partir de la date d’un homme. Mon adresse est connue des charmants prédateurs des tombes hideusement gardées. Les rapaces nocturnes se poseront sur les branches surmontant ma tombe pour indiquer qu’il y a des lettres que les presqu’oiseaux connaitront au chiffre près.

Nous sommes nombreux à connaitre une étoile perdant son temps à dialoguer bêtement à d’autres que son Temps. Mon amour pour l’être au mystérieux prénom, sorti de nulle partie prenant place dans la classe, lorsque je rédigeai un journal intime, gracieuse et subtile, dans la classe de français, au cours d’une séquence pédagogique, ne partage pas ses deux miettes de pain à d’autres que ses oiseaux multicolores.

Mmh, être délicieux. Observe-moi sous ton angle radieux. Les reportages idiots saisissent trois phrases d’un amour intense. Personne ne peut se douter qu’ailleurs que devant les écrans, ta fiancée composait des chants destinés à tes yeux, promis à tes oreilles. Je t’ai écrit un chant poétique, pour toi seul, il est à toi ! Je te l’ai promis dans un songe. Je t’aime si fort. Je me sens si belle lorsque je peux t’aimer. Il n’y aurait qu’un sexe malin pour accompagner la danseuse durant son parcours timide pour entrer en scène dans l’exceptionnelle salle de baptême. Assez de sots qui ne comprennent rien ! Je suis l’Etoile solitaire, mon discours est lucide, ma parole, clairvoyante.

Ô mon professeur, être vertueux, peux-tu m’aider à aimer mon fiancé ? J’aimerais être la seule femme qui ait compté pour lui, celle qui donne à voir et à écouter un chant dans une salle entièrement constituée par ses talents habiles.

Mon texte est d’une longueur inouïe pour la langue française de son temps. J’ai envie de mourir durant des milliards d’années après une vie aussi longue.

J’ai fondé une ville à partir de la date d’un homme né le jour de la fondation de Rome.

Les étoiles ont une morphologie d’aile qui s’épousent et qui s’enchainent sans perdre la fleur, la traine que la fiancée fidèle porte pour succéder à tes pas. Chant d’amour, je veux pouvoir te chanter pour l’éternité.

Ma nature chantante et rigolote, changeante et jamais sotte, prend le pas durant ma rédaction.

L’expérience traumatique est la règle de notre époque.

Agir avec justesse et justice en développant un regard interrogateur qui ne soit pas marqué de ponctuations inutiles est la formule parfaite qui unit les dignes parents.

La rivalité est une construction qui ne vise qu’à mieux apprécier ce que l’on possède déjà. Elle s’exporte au format d’une carte postale sur laquelle il est inscrit avec des schémas anthropologiques que l’autre n’existe pas, n’existera jamais. Le banal timbre à l’effigie d’un tournesol affranchissant l’envoi le confirme, de même que la photographie d’un couple reconnaissable, souriant, sur une plage de la côte belge.

Je suis l’Étoile solitaire. Personne ne peut me torturer.

Le sablier

La palmeraie est une farce qu’une oasis attique joue pour les nomades trompés par l’ennui. Ils regardent une danseuse aux courbes modélisées se mettant à chanter si l’on pousse sur a, répétitivement sans vouloir connaitre de fin à son paraitre. L’absence de nintendo enrichit le vocabulaire.

La constellation que je souhaite observer n’appartient pas au champ des étoiles visibles de notre planète. Il y a toujours un astre pour cacher ses étoiles à notre vue. Il se pourrait que son étoile la plus brillante ait pour souhait que les théories de l’astronomie la qualifie de solitaire malgré sa présence virtuelle dans chacune des associations d’étoiles imaginables.

L’épée d’Orion est si longue que sa pointe, parfois, termine dans la solitude.

La position du sablier est intense et inverse lorsque l’on l’écrit. Tu es un homme, je suis une femme. Le temps s’écoule dans nos corps unis comme les anneaux maudits. L’unité du vivant n’a de lieu qu’un temps qu’il divise lentement pour n’en former qu’un autre.

La position de l’Homme au Sable est si intense que le temps s’arrête parfois au coeur de l’inverse, répétitivement, lorsque l’on pousse sur a.

Le ruisseau

Il n’est plus possible qu’un poisson se glisse entre les pieds de mon enfant alors qu’il explore le ruisseau sous mes yeux avertis du bonheur par les miroitements de l’eau d’été, qu’un autre le pourchasse, puis encore un autre, qu’une rivière de poissons choisisse les repères que mon enfant leur a admirablement proposés pour devenir ensemble une anguille que ces poissons d’une autre espèce étudient à leur manière. Ponyo pouffe de rire en regardant le spectacle causé par mon petit garçon. Il aimerait pouvoir lever un pied, mais il a peur de perturber ce qui est désormais un phénomène ichthyique.

Ichthyique ! Piscifère ! Piscicole ! Les trois termes peuvent s’appliquer à ce retour à des eaux populeuses autour desquelles des foules de feuilles s’agitent afin d’ajouter du bruit au cortège des dieux poissons qui sortent de l’eau pendant que des animaux se désaltèrent avec grâce sur les rives naturelles.

Ponyo m’accompagne souvent lorsque je passe de la mer aux cours d’eau. Le gout du sel nous fait grimacer lorsque la salière choit dans le bol de nouille par un concours de circonstances hautement improbable que l’on a été capable de ne pas remarquer. Les eaux sont polluées par des grains qui ne sont pas du pollen, des fluides qui ne sont pas de l’eau propre, des objets qui ne sont pas des poissons vivants capables de s’y sentir heureux.

Je suis saccagée par ces hordes de singes qui nettoient leur linge dans mes méandres les plus précieux. Mes populations, nombreuses et désireuses de s’accroitre sans me surpeupler, attendent que des enfants innocents aillent à leur rencontre. Eux, jamais, ne déverserons des cuves de mort dans ces aires de jeu qu’ils respectent.

Dans un méandre du temps, j’ai enfanté d’un enfant. Il est heureux là où je l’ai caché. Dans un méandre du temps, toi aussi, tu en possèdes un. Cet enfant est heureux là où nous l’avons caché.

Un être qui souffre a besoin d’une réponse scientifique qu’un enfant peut parfois lui donner du haut de ses trois ans alors qu’un adulte se tue à lui expliquer qu’il faut qu’il retourne faire ses devoirs, bien qu’il n’ait, comme je l’ai écrit, que trois ans. Trois ans est une durée intéressante pour étudier un animal que l’on a découvert sous la forme d’une peluche. Lorsqu’il était bébé, le contact avec la peluche poisson était écailleux. Elle s’appelait Arc-en-ciel, elle possédait une écaille irisée qu’il repérait du premier coup à chacune des pages de son livre jeunesse. Il était plus curieux de ses couleurs que de celles des yeux de sa maman. Le petit enfant considérait cette partie de l’anatomie de sa peluche comme un oeil bienveillant qui venait toujours après la pluie, les larmes, les siennes ou celles de sa maman.

Il se sentait très aimé dans les bras de sa maman, mais il était un peu triste de devoir laisser son poisson dans le lit à barreaux de bois clair pour pouvoir être porté. Il n’y avait pas de place parmi les formes de sa maman pour que sa peluche puisse être gardée avec facilité. La fente de ses seins ne pouvait décemment recevoir le poisson. Le bébé se mit à pleurer.

Sa maman comprit quel était le souci causé à son enfant. Elle savait qu’il fallait qu’Arc-en-ciel se sente aussi protégé que son bébé alors qu’elle les tiendrait tous les deux dans ses bras. Son enfant savait qu’elle risquait de le laisser tomber sans y prêter attention, et il savait aussi que lui même n’était pas apte à le tenir dans sa petite main bien qu’il connaissait très bien le mot « agripper ». Elle alla chercher le filet du bac à linges pour y poser à l’intérieur son enfant avec sa peluche. L’enfant était émerveillé par ce système ingénieux permettant à tous les deux d’être déplacés ensemble. Il riait, il était heureux. Sa maman apporta le résultat de sa pêche à Papa. Il était très content qu’un repas de fête puisse être préparé en ce jour ordinaire durant lequel il avait été inquiété par de menues affaires sans importance. Il travaillait beaucoup, énormément, pour que son épouse et son fils puissent vivre dans une bulle de bonheur dont lui seul connaissait le mécanisme déclenchant l’ouverture d’une entrée secrète, sans la faire éclater, dans un concert de bulles savonneuses aux irisations fascinantes.

Une unité familiale est un temps partagé par quelques personnes qui habitent ensemble.

« Papa et Maman » est une association de mots qui me procurent un bonheur intense. J’ignore si je pourrai un jour les prononcer dans le contexte qui les appellent. Je ne me disperserais pas. Je ne penserais pas à la localisation de mon enfant au détriment de ma relation avec mon époux. Je saurais où il se trouve et s’il est heureux. Une action menée dans sa direction ne serait pas nécessaire. Je connaitrais ma localisation.

J’aimerais être aussi japonaise que Sakura, aussi farceuse que Ponyo, aussi douée que Mlle Madeleine.

Le son reposant

Ô mon fiancé ! Ta voix est la plus belle ! Mon rêve est, vois-tu, que tralala. Nous chantons à deux le chant poétique entièrement destiné à nos merveilleux enfants. Tac, tac, tac, le professeur a enregistré pour lui-même une hypnose d’une heure qu’il destine à son étudiante fidèle, mariée et heureuse, en éprouvant le plaisir de lui en offrir un très grand si un soir, dans son lit, au calme, seule, sereine, elle pouvait l’écouter.

Tac, tac, tac, tac, tac, tac, ces sons reposants sont prononcés par l’Historien de l’art. Celui qu’il prit le temps de faire durer à son cours a produit dans l’esprit de l’une de ses étudiantes une unité de bien-être, idéale pour endormir ses enfants.

Et tac ! Debout, mon petit ! Le matin chanté par le coq point sans tac attendre. Son ami le paon de la vallée se manifestera à toi par ses cris reconnaissables lorsque que tu reviendras à pied de l’école des bruyères. J’ai confiance en ta capacité à discerner un chant d’un cri. Le paon a besoin qu’on l’aide, mais nous ignorons où il se trouve ! Il faut mener une enquête pour savoir quel est l’habitant qui le retient prisonnier dans une cage aux barreaux d’or près d’une fontaine aux poissons d’argent où s’abreuvent des biches de bronze.

Le professeur, de bonne heure, nous remet les feuilles d’examen. L’étudiante aux yeux doux et timides ne les mouillent pas d’humides larmes quand à nouveau elle loue ses charmes dans la modulation de son écriture ambivalente. Tac, tac, tac, tac, encore la même seconde que la montre de couleurs inonde de sa lumière féconde.