Les miettes obscures

Il y a des miettes obscures qui rigolent d’aventures lorsque leur poète a trouvé une voix. Cet homme chie bien, je dirais qu’il aime chier ! Il rote, il pète. C’est un philosophe de la lunette des toilettes qu’il tient propre, lui, pour mieux chier au travers. Encore et encore, chier. C’est absolument nécessaire à l’ordre de la vie. On rote, on pète, et puis on chie. Nous avons besoin de cela, surtout moi qui chie bien. J’invite toujours un chien à m’apprendre comment il est bon de chier. Je lui tends ma patte pour qu’il m’invite à chier avec lui dans un effort commun. Il a besoin de cela lui aussi, le partage. Son épopée est un mirage que les vapeurs conflictuelles de la « poubelle » qui au départ, je vous prie, n’en est pas une car on ne jette pas un soda dans un tourbillon qui a besoin de s’inverser à l’autre bout de la Terre, produisent. J’aime découvrir par mégarde que je me tiens coite alors que personne ne sent mes pets ni ne les entend, ne les attend, ne les soupçonne car je suis bien trop maligne pour que leurs senteurs vigoureuses titillent la volonté de ces personnes audacieuses d’en savoir plus à propos d’elles. Ils n’ont pas l’ombre d’un doute lorsque la caisse fraiche et résonnante tombe sur le plancher. Je suis faite pour écrire pour les hommes qui chient. Je leur écris, je prédis leur avenir. Ils iront aux toilettes dans un silence de fête modestement renouvelé par les applaudissements que le public conquis avait besoin d’entendre de son propre cul. Son cul, le sien, celui du peuple ! Le peuple chie, lui ! Il a besoin de cela, il ne le cache pas. Je ne sache pas m’exprimer autrement qu’en vous confiant confiante à la mélodie de mes pets retentissants ! Résonnants ! Lubriques ! Factices ! Originaires d’une région d’Asie du Sud d’où je tire mes revenus en flatulences ! Je reconnais ces bambins que j’ai enfantés dans la honte d’une époque parallèle ! Ce sont les miens, ces pets. Ils sont à moi, je les sens ! Ils ont l’odeur de mes enfants ! Je les ai baisés, il y a longtemps, quand ils cherchaient leur monnaie. Deux pièces rouges, un dessin de Troie. C’était comme cela qu’ils comptaient à leur âge, pour subsister, dans leur misère de gosses.

Les miettes obscures, Alice R. S. Vissers