Le rituel de la main

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que tu es capable d’enfanter avec ta main. La fleur n’est pas un sexe, pas uniquement, pas seulement. La feuille pourrait l’être. J’ai envie de caresser des feuilles pour imaginer comme je te caresserais. C’est une partie de la plante qui, normalement, n’entre pas dans le rituel amoureux auquel participent les abeilles, le vent, les animaux, au cœur de la fleur. Elles se posent pourtant sur la feuille plus tard, ces jolies abeilles. Elles aiment s’y reposer. Je pense que tu as peur que je sois si dégoutée par l’aspect de ta main, la gauche, la droite, celle d’en haut, celle d’en bas, celle qui te pousse sur la tête, que tu as peur que je me refuse à toi lorsque je l’aurai vue. Je ne pense pas que tu m’aies créée. Je suis apparue sur cette Terre, comme toi. Tu te poses des questions sur notre origine. Tu n’as pas ces réponses. Lorsque nous nous serons trouvés, je suis sûre que nous nous poserons davantage de questions. Toi non plus, tu ne sais pas pourquoi tu es là. Tu as intensément réfléchi à la question, tu as organisé notre monde comme tu pensais qu’il était bon de le faire. Quand je pense à toi, j’ai l’impression que tu te déplaces sur le sol de cette planète. Tu sais exactement comment te comporter pour qu’on ne cherche jamais à voir ce que contient ta main. Je t’ai peut-être déjà croisé. Je suppose que tu as l’art de te trouver où personne ne pense qu’il y a quelqu’un. Dans un méandre du temps, j’enfanterais d’un enfant. N’est-il pas agréable de lire que je pense à toi et non à Toi ?